Nicolas Sarkozy et Angela Merkel ont affiché, hier à Berlin, une position commune sur la réforme de la finance… Et ils veulent convaincre les Européens de l’adopter... Oui, cela démarre tôt, puisque le prochain G20 est dans un mois, à Pittsburgh. Cet activisme s’explique facilement : les deux dirigeants sont persuadés, c’est dans les gênes français et allemand, qu’il faut agir contre les excès de la finance ; et puis, c’est aussi leur intérêt politique parce que, dans les deux pays, c’est très populaire. Que voit-on ? Un certain nombre d’acteurs économiques voudraient que cette crise ne soit qu’une parenthèse et que cette parenthèse, au fond, on commence à la refermer. C’est clairement l’attitude des banques américaines, et sans doute le rêve d’une grande partie du secteur financier partout. Hier donc, Angela Merkel et Nicolas Sarkozy ont indiqué quels seront les « tests », pour eux, de la réussite ou de l’échec du prochain G20. Tests qui seront ? Le premier, défendu par Paris, porte sur les bonus des banquiers. Même si mettre le couteau sous la gorge des autres grands pays sur un sujet pareil peut faire sourire quand même. Le second test, que porte Berlin, concerne la solidité des banques en fonds propres, pour que les Etats ne soient plus soumis au chantage à la faillite de la part des banques qui disent : sauvez-nous, sinon, cela fait un malheur. Cette pression est-elle justifiée ? Oui. Parce que l’idée d’une crise pour rien est insupportable, comme celle d’un G20 pour rien. Il faut se rendre compte que les pouvoirs publics, gouvernements, banques centrales, ont mis sur la table, entre soutiens à l’activité, recapitalisations de banques, garanties des dépôts etc, l’équivalent de 30% du PIB des pays développés pour éviter que la crise devienne une catastrophe. L’effort qu’ils ont fait une fois, les contribuables et les épargnants ne le referont pas une seconde fois, dans un an ou dans cinq ans, pour une autre bulle. Le front franco-allemand peut-il obtenir satisfaction ? Il va falloir convaincre les autres Européens, il y aura un sommet le 17. Et puis, évidemment, convaincre le G20 sera compliqué, notamment avec Barack Obama qui a déjà beaucoup de souci sur la réforme de la santé. Mais tout le monde s’était moqué des engagements sur les paradis fiscaux, et les choses bougent. Ce matin, Gordon Brown, le premier ministre britannique annonce dans « Le Financial Times », qu’il est prêt à un geste sur les bonus. Et la taxation des transactions financières ? C’est peut-être l’invitée surprise du G20. L’idée, incroyable ou perfide dans sa bouche, a été lancée jeudi par le patron du gendarme de la City. Hier, Peter Steinbrück, le ministre allemand des finances, a évoqué une idée voisine et Christine Lagarde a jugé ces pistes « intéressantes ». Cela dit, Nicolas Sarkozy et Angela Merkel n’en ont pas parlé. Car si beaucoup de monde cherche comment « tarifer » le coût des activités purement financières pour l’économie, personne ne sait comment faire. Mais en parler est déjà une révolution. Bien sûr, le risque est que tout cela ne soit que de la communication, mais il y a clairement une fenêtre qui s’ouvre et l’Europe est à la manœuvre.

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