L’événement économique de la journée d’hier, c’est la baisse continue du chômage en Allemagne. Un miracle ?

On pourrait presque le croire si l’idée de miracle n’était pas un peu étrangère à la rationnalité et à la rigueur que l’on prête aux Allemands ! Ce qui est certain, c’est effectivement la régularité de la diminution du chômage chez nos voisins. Hier, l’Office allemand a donc annoncé un nouveau recul de 17.000 du nombre de demandeurs d’emploi en août. C’est la quatorzième baisse consécutive. Mieux encore, le taux de chômage s’établit désormais à 7,6% de la population active, alors qu’il tourne autour de 10% en France ou aux Etats-Unis. Pour avoir une idée encore plus précise de ce qui se passe, il faut savoir qu’en 2005, il y avait 5 millions de chômeurs, qu’il y en a aujourd’hui un peu plus de 3 millions et que cette barre des 3 millions devrait bientôt être franchie à la baisse. Si on se souvient que l’Allemagne a connu une très forte récession l’an dernier, cette performance peut sembler bien mystérieuse. … alors, quels sont les secrets de l’Allemagne ?

Plusieurs facteurs jouent. Certains sont faciles à décrypter.

Le premier est la démographie. Il y a davantage de gens qui partent en retraite, moins de jeunes qui arrivent sur le marché du travail et moins d’immigrants qui rentrent. Cela n’est d’ailleurs pas une bonne nouvelle pour l’Allemagne, mais cela facilite la baisse du chômage.

Deuxième facteur, propre là encore à notre voisin, il n’a pas connu de bulle immobilière et donc d’éclatement de cette bulle, comme l’Espagne ou la Grande-Bretagne. Très concrètement, cela veut dire qu’il n’y a pas eu de destructions d’emplois massives dans le secteur de la construction.

… Et, puis, ce n’est pas tout, il y a encore d’autres facteurs… Pendant dix ans, l’Allemagne a mené une politique forcenée pour restaurer la compétitivité de ses produits, de ses machines-outils, de ses voitures. Elle a contenu les salaires, baissé les cotisations sociales, recadré sa politique d’emploi. Ce sont, souvenez-vous, les fameuses lois Hartz de l’équipe Schroeder, qui ont d’ailleurs, parce qu’elles ont aussi conduit à la multiplication des “ petits boulots ”, provoqué l’échec électoral du chancelier social-démocrate. Mais, pendant la crise de 2008-2009, l’Allemagne a choisi une autre voie, plus douce. Ses entreprises ont utilisé à plein le chômage partiel. Jusqu’à 1,5 million de salariés en ont profité, dix fois plus qu’en France ! Ces salariés ont conservé leur contrat de travail, leur lien avec l’entreprise, l’Etat dépensant des milliards d’euros pour indemniser le temps non travaillé. Résultat, quand l’activité repart, l’emploi repart très vite. Les entreprises ont accepté une baisse temporaire de leur productivité, pariant que cela irait mieux un jour. Voilà le secret allemand.

Y a-t-il une leçon à tirer pour la France ?

L’Allemagne impressionne par la persévérance de sa stratégie, qui porte ses fruits puisque la consommation intérieure repart et que les salaires sans doute aussi. Voilà qui, au moment où ce sont les difficultés des Etats-Unis à sortir de la crise qui devraient retenir l’attention, (voilà qui) devrait calmer les critiques que l’on a coutume d’entendre en France sur l’égoïsme allemand puisque nos exportateurs devraient en profiter.

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