Hier, à la fois le Parlement français et le conseil des ministres allemand ont adopté le plan d’aide à la Grèce. C’est le bout de tunnel pour la zone euro ?

C’est une étape importante, mais non, hélas, trois fois hélas, ce n’est pas le bout du tunnel et on peut s’attendre à ce que jusqu’au mois de novembre les marchés soient, sur ce front, fébriles. C’est une étape parce que Paris et Berlin, Nicolas Sarkozy et Angela Merkel, font leur devoir européen. Ils “ font le job ” en donnant des moyens d’action importants au Fonds de stabilité, le FESF, qui est la cagnotte d’urgence de la zone euro. Techniquement, l’accord européen du 21 juillet constitue une révolution, notamment en permettant à ce Fonds de 440 milliards de racheter de la dette des pays. Seulement voilà, tous ceux qui regardent les choses de près, et donc les marchés, sont obligés de constater que le chemin de croix est encore long. Pour que l’accord entre en vigueur, il faut, tenez vous bien, cinq conditions :

1 - que les juges constitutionnels allemands donnent leur accord ;

2 - que le Parlement allemand ne pose pas trop de conditions ;

3 - que la Finlande arrête de tout bloquer ;

4 - que les autres capitales votent aussi – or, il y a bientôt des élections législatives en Espagne - ;

5 – que le secteur privé, les banques, les assureurs européens, acceptent d’échanger les titres grecs comme promis (je vous passe les détails) alors que les banques, dont la valeur a baissé d’un tiers en Bourse, ont d’autres chats à fouetter.

On le voit, le processus peut capoter pas mal de fois, bref c’est plus un calvaire qu’un chemin de croix.

Quelles conclusions peut-on tirer, alors ?

D’abord que tous ceux qui, en Europe, travaillent sur ces questions et n’ont pas eu de vacances, ils ne sont pas prêts d’en prendre. Plus sérieusement, il est clair que les processus de décision et les modes de fonctionnement européens sont totalement inadaptés. Ce n’est pas seulement la lenteur du politique par rapport à la vitesse des marchés. Les règles d’unanimité et d’égalité des votes sont contre-productives. Que la Finlande, la Slovaquie et l’Allemagne aient les mêmes droits est juridiquement et politiquement compréhensible ; cela ne l’est plus économiquement. Mais plus fondamentalement encore, une course de vitesse est bien engagée entre les Etats et les marchés. Les gouvernements et les opinions finiront peut-être par se convaincre que le sérieux budgétaire et le fédéralisme sont moins risqués que la surveillance et le pilotage pour satisfaire les agences de notation. Mais ce sera l’un ou l’autre.

Pour finir, on peut délivrer un bon point à un pays.

Alors que la Grèce s’enfonce dans la récession (peut-être de 5% cette année) et corrige très lentement ses handicaps, l’Irlande, sous un autre climat, renoue avec la croissance après trois années de récession. Le chômage et la dette restent élevés, mais le pays, discrètement, avec opiniâtreté, sans fanfaronner, regagne de la compétitivité.

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