Ce matin, vous revenez sur l’anaphore que Manuel Valls a développée hier à La Rochelle : « non, nous ne faisons pas d’austérité ! ». Le Premier ministre l’a répété huit fois de suite hier devant le PS. Nous ne faisons pas l’austérité quand nous créons 60.000 postes d’enseignants, a-t-il dit, nous ne faisons pas l’austérité quand nous créons des postes de policiers et de gendarmes, quand nous revalorisons les bourses des étudiants ou l’allocation de rentrée scolaire etc. etc. Eh bien, il a raison : la France - contrairement à ce qu’on entend matin midi et soir - ne pratique pas l’austérité. En tous cas, rien à voir avec ce que vivent les pays voisins. Certes, il y a ici comme ailleurs des hausses d’impôts musclées – les avis d’imposition reçus ces derniers jours le montrent. Mais sur les dépenses, il faut regarder de près la Grande-Bretagne, l’Allemagne, l’Italie, l’Irlande et même les Pays-Bas : la différence saute aux yeux. Il ne s’agit pas de dire qu’il faut les imiter. Mais il ne faut pas mentir sur les mots.

La première et grosse différence concerne les fonctionnaires.

En France, sur le quinquennat, le nombre global de fonctionnaires de l’Etat restera stable et les effectifs des collectivités locales continuent de croître. Si le point d’indice est gelé, ce n’est le cas ni des revalorisations liées aux avancements ni à l’ancienneté. En Grande-Bretagne, 470.000 postes ont été supprimés et autant le seront d’ici 2018. En Espagne et en Irlande, les salaires ont baissé de 5%; en Irlande, certains ont baissé de 5% aussi, d’autres de 10. En Italie, la baisse va jusqu’à 10% pour les hauts fonctionnaires. Des baisses sensibles d’effectifs ont été décidées en Espagne, en Allemagne en Italie, en Irlande et aux Pays-Bas. C’est concret !

L’organisation de l’Etat est, elle aussi, souvent remise à plat.

En Irlande, le nombre d’élus a été réduit de 40%, ce chiffre est de 25% aux Pays-Bas. En Italie, les communes de moins de 1.000 habitants ont été forcées de fusionner.Et côté social ?Dans la plupart des pays, l’âge de la retraite a été relevé, les dépenses de santé ont été serrées (avec des franchises aux Pays-Bas) et les conditions d’indemnisation à l’assurance-chômage ont été durcies. Il serait fastidieux d’énumérer ce que l’on constate, mais notons quand même que c’est moins sévère que sur les dépenses de fonctionnement.

Bon, quelles conclusions en tirer ? La France doit imiter ses voisins?

Ben, non ! Mais nous sommes mal placés pour dire que l’austérité, c’est épouvantable : comme avant la piqure chez le médecin, nous crions avant même d’avoir mal ! Quand on voit tout cela, on comprend que les capitales européennes tordent le nez quand elles nous entendent gémir. Un ambassadeur européen à Paris le dit en souriant : "vous les Français, vous êtes des prestidigitateurs permanents" !

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