On commente bien sûr ce matin la réforme du droit du travail…

Il ne fait aucun doute que c’est une réforme libérale, qui vise explicitement à faciliter la vie des entreprises. La couleur est affichée, elle est claire. Il est donc normal que cela hérisse tous ceux qui pensent que le marché du travail fonctionne correctement et que les millions de chômeurs ont une origine principale : la fameuse faiblesse des carnets de commandes. C’est vrai, oh révélation, que les carnets de commandes déterminent l’activité. Mais comment peut-on imaginer que c’est l’État qui peut les garnir avec ses petits bras musclés alors que la France est le pays qui a déjà un des déficits publics les plus élevés de la zone euro ? Il est donc incapable de faire une politique de relance à la hauteur du chômage français. Il faut donc regarder ailleurs, regarder pourquoi les entreprises n’embauchent pas assez. C’est ce que font ou ont fait les Etats-Unis, le Royaume-Uni, l’Allemagne ces dernières années, pays qui ont mille défauts mais où le taux de chômage est faible. Cette loi Pénicaud cherche à débloquer ce qui coince là où çà coince : la peur des prud’hommes des tous petits patrons et la possibilité pour eux de conclure des accords sans les syndicats (ils le font aujourd’hui en douce) ; la simplification des procédures de plans sociaux chez les entreprises moyennes avec la rupture conventionnelle et la simplification des instances de discussion ; l’invitation à venir faite aux entreprises étrangères (avec la règle du périmètre français). Est-ce que cela marchera ? On verra. Mais si c’est vrai que l’Italie montre que la flexibilité n’est pas forcément miraculeuse, on note qu’en Allemagne, malgré la précarité dont on parle beaucoup, Merkel s’apprête à être réélue.

Vous dites aussi qu’il ne faut pas exagérer l’ampleur de la réforme...

Si c’était la fin du code du travail et une catastrophe pour les salariés, on peut imaginer que le premier syndicat français dans le privé, la CFDT, et que le troisième français, FO, seraient dans la rue. Sinon, ils seraient fous. Par ailleurs, le Smic, les durées légales du temps de travail, le rôle des branches etc. ne changent pas. Enfin, à la différence de ce qui s’est passé en Allemagne avec 4 lois Hartz, il n’y aura pas de Pénicaud 2 sauf sur un volet sécurité pour le chômage et la formation. Ce n’est donc pas une révolution à l'anglo-saxonne mais une grosse réforme et c’est tant mieux.

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