07H20 : L’édito éco : Jean Marc Vittori du quotidien "Les Echos" La concurrence ne serait pas assez forte dans le téléphone mobile. C'est du moins ce que dit un rapport remis au Parlement vendredi. Où est le problème? C'est tout simple: les opérateurs de télécoms s'efforcent de verrouiller leurs abonnés pour qu'ils ne partent pas ailleurs. Et si les clients sont verrouillés, la concurrence ne peut pas jouer normalement et le consommateur paie trop cher. Il y a d'ailleurs un indice clair d'une concurrence insuffisante: les opérateurs de télécoms font des marges bénéficiaires qui font rêver les constructeurs automobiles ou les hypermarchés. Mais il y a plusieurs contrepoids: la Commission européenne, l'autorité de la concurrence, et l'Arcep, qui est l'autorité de régulation des télécoms. C'est l'Arcep qui a publié son rapport à la fin de la semaine dernière pour faire le point sur la loi Chatel, qui avait été votée il y a deux ans. L'Arcep pointe surtout deux abus. D'abord, selon la loi Chatel, Orange, SFR et Bouygues Telecom devaient proposer des abonnements de douze mois plus attractifs, alors qu'ils font tout pour garder leurs abonnés au moins deux ans. En réalité, ils n'ont pas changé grand chose. Pire encore, les clients sont de plus en plus nombreux à s'abonner pour deux ans. Ensuite, les clients qui ont choisi de plonger pour deux ans devaient avoir la possibilité de changer d'avis au bout d'un an, en payant seulement le quart de l'abonnement restant à courir jusqu'à la fin de la deuxième année et non la totalité. Là encore, on en est loin. Oui, évidemment, c'est normal. Mais c'est normal aussi que les clients puissent aussi exercer librement leur choix, et pas seulement une fois tous les deux ans. Les gendarmes des télécoms ont par exemple imposé la portabilité du numéro: aujourd'hui, quand vous changez d'opérateur, vous pouvez garder le même numéro de téléphone. Vos amis ne sonnent pas dans le vide. Ca paraît aujourd'hui évident et normal, mais les entreprises de télécoms ne voulaient pas en entendre parler. Autant vous dire que les relations entre les gendarmes et ces entreprises sont souvent assez tendues. Si vous permettez une image sportive, je dirais que les télécoms font plus penser à un match de foot où les joueurs ne cessent de s'en prendre à l'arbitre qu'à un match de rugby où l'arbitre est là beaucoup plus respecté. Ce qui se passe dans les télécoms, c'est qu'il y a d'un côté des entreprises puissantes et de l'autre des gendarmes eux aussi puissants – et plutôt bien armés. Le jeu est donc tendu, parfois violent, mais c'est relativement transparent – et les choses avancent. Ce n'est pas du tout pareil dans d'autres secteurs. Prenons l'exemple de la banque. Comme client, vous savez bien qu'il est très difficile d'en changer. On y reçoit son salaire, il y a plein de prélèvements automatiques... Changer de banque c'est des semaines de travail et on n'a pas que ça à faire. Eh bien là, aucun gendarme n'a pu imposer la portabilité du numéro de compte bancaire, qui permettrait de changer facilement de banque. Comme les télécoms, la banque a besoin d'un gendarme puissant – et c'est d'ailleurs ce qui a manqué dans la crise financière.

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