Opération vérité sur le travail au noir en France. Qu’est-ce qu’il en ressort ? Deux chiffres : 7% des entreprises fraudent et 2,4% des salariés sont en travail illégal – leur employeur déclare un temps de travail inférieur à la réalité, ou le dissimule complètement. C’est le résultat d’une grosse enquête menée par l’Agence centrale des organismes de sécurité sociale. Cette caisse de la Sécu est bien sûr intéressée au premier chef puisque qu’elle coordonne la collecte des cotisations sociales auprès de plus de 2 millions d’entreprises. Elle a donc fait une enquête par sondage aléatoire, en interrogeant des milliers de salariés pour tenter de sortir le travail au noir de l’obscurité, et ainsi faire rentrer davantage d’argent dans les caisses. Les plus gros fraudeurs sont dans l'hôtellerie restauration, et en Ile de France. Un bémol cependant : le BTP échappe au coup de projecteur pour des raisons de technique statistique.2,4% des salariés, ça ne fait finalement pas beaucoup… Un employé sur quarante, c'est effectivement peu, et tant mieux. C'est la preuve que l'immense majorité des entreprises respecte la loi. Mais quand on sait que l’Agence de la sécu encaisse près de 400 milliards d’euros par an, ça fait tout de même miroiter un pactole de quelques milliards d’euros, précieux en des temps de disette financière. Pour attraper ce pactole, il faut tout de même se demander pourquoi les entreprises fraudent. Il y a en fait trois grandes explications.La première cause, c'est la triche. Evidemment. Il y a des tricheurs partout, y compris dans les entreprises. Pour ceux-là, pas de pitié. Quand on fraude sur les cotisations sociales, ça veut dire que les autres paient plus. C'est injuste. Les fraudeurs doivent donc être pourchassés et punis. Les organismes qui collectent les cotisations sociales, les Urssaf, ont mis en place de nouveaux moyens pour pincer les filous . L'an dernier, les redressements ont atteint 1,2 milliard d'euros, battant un nouveau record. Si on peut difficilement en être aussi fier que d'un record olympique, c'est tout de même une bonne nouvelle. Mais quand vous dites « pas de pitié pour les tricheurs », vous laissez entendre qu'il peut y avoir de la clémence dans d'autres cas... Rien ne vous échappe, Bruno. Et bien oui, certains employeurs trichent sans le faire exprès. Car il faut le reconnaître, le système est beaucoup trop compliqué. Comme dans la langue française, il y a des exceptions dans tous les coins. On se cogne entre les plafonds et les planchers, les exonérations et les abattements partiels. En plus, ça change sans arrêt. Prenez l'exemple des heures sup : allègement des cotisations sociales en 2008, alourdissement en 2012 mais pas pour les entreprises de moins de vingt salariés. Une chatte y perdrait ses petits. Quand les Urssaf font des contrôles, il arrive d'ailleurs fréquemment qu'elles remboursent. Il faudra sim-pli-fier. En France, comme on est très malin, on sous-estime toujours le coût de la complexité.Et la troisième raison qui pousse les entreprises à frauder ? Une banalité qui va déplaire à certains auditeurs, mais qu'il faut néanmoins appeler : les cotisations sociales sont très lourdes, trop lourdes, plus que partout ailleurs dans le monde. Ici, la France est médaille d'or, ce qui incite logiquement les entreprises à échapper au fardeau. Pour parler concret, j'ai regardé ma fiche de paie de juillet : pour 100 euros versés sur mon compte en banque, mon employeur a dû payer 189 euros. Pendant la campagne électorale, les socialistes avaient éludé la question des cotisations. Aujourd'hui qu'ils sont au pouvoir, ils commencent à admettre qu'il y a là un vrai problème. Ils pourraient même agir pour les réduire. Et ça, c'est une excellente nouvelle.

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