L’édito éco de Dominique Seux, des « Echos ». ____Au G20 de Londres, c’est la matinée des grands marchandages entre chefs d’Etat, avant la déclaration finale. La recherche du compromis, ce n’est jamais le plus facile. Londres 2009, ce ne sera ni Bretton Woods, l’emblématique sommet qui avait fixé les règles de l’économie internationale en 1944, ni Yalta où les Grands s’étaient, un an plus tard, partagé le monde. Vingt puissances sont à Londres avec un message à adresser à l’opinion mondiale sur la crise mais, au fond, chacune a ses priorités. Alors si on essaie de faire l’état des lieux hier soir, cela donnait à peu près ceci : Trois sujets sont sur la table - la relance de l’économie, la régulation de la finance et la réforme du Fonds Monétaire International, le FMI qui soutient les pays en manque d’argent aujourd’hui. Donc trois sujets. Pour les Etats-Unis, le tiercé par ordre d’importance, c’est la relance, puis le FMI et la régulation en dernier. Pour la France et l’Allemagne, c’est l’inverse, la régulation en tête, le FMI puis la relance. Pour les grands pays émergents, Brésil, Mexique, Corée, Indonésie, c’est le FMI d’abord, puis la régulation et enfin la relance. A partir de ces positions, qui ne sont pas si caricaturales que cela, chacun va faire des concessions pour obtenir un compromis qui lui permette de revenir satisfait chez lui ! La Grande-Bretagne, comme hôte du Sommet, se fait un devoir d’avoir un discours qui fasse plaisir à tout le monde. La Chine est un acteur dont le rôle s’accroit chaque jour. Pour elle, la priorité reste la relance, puis le FMI, parce qu’elle veut avoir du poids dans les décisions, et enfin la régulation. Pékin défend Hong Kong comme place financière à statut particulier. Les priorités de la Chine sont assez semblables à celles des Etats-Unis, mais elle juge que, de toute façon, la crise fait basculer le centre de gravité de l’économie vers l’Asie. Clairement, le Brésil lui dispute la place d’acteur global. Concernant le protectionnisme, la plupart des pays, notamment les émergents, sont persuadés que des barrières au commerce international seraient la pire des choses. En fait, il y aura une déclaration solennelle contre le protectionnisme, même si chacun triche un peu avec les règles. Mais il n’y aura pas d’accord pour réformer le commerce international. Pour une raison simple : les négociations de l’an dernier avaient calé à cause d’un clash entre les Etats-Unis et l’Inde. On en est encore là, mais l’Inde a des élections dans trois semaines. C’est la grande discrète de cette période. Nicolas Sarkozy et Christine Lagarde, la ministre de l’Economie, ont encore hier fixé les clefs indispensables pour un accord acceptable. Sur les paradis fiscaux, les salaires des traders, les agences de notation. C’est vrai qu’avec une récession telle qu’on la connaît, cela peut paraître dérisoire. C’est toujours bon à prendre sur le fond, réellement. Mais c’est vrai que c’est aussi un moyen de changer de terrain politique alors que la crise est profonde. C’est d’ailleurs ce qui est étrange : l’accumulation de nouvelles prévisions assez catastrophiques ces derniers jours est passée au second plan derrière le bruit du G20. Comme si il y avait un effet anesthésiant et lassant de la répétition des mauvaises nouvelles. Au fond, trop de mauvaises nouvelles tuent les mauvaises nouvelles.

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