Ce matin, vous dénoncez les critiques contre la Commission européenne… Le « Bruxelles bashing », qui revient en force dans le débat public.

Oui, c’est trop facile ! Depuis dimanche, c’est la nouvelle mode, la critique contre la Commission de Bruxelles en particulier et l’Europe en général. On a entendu hier à ce micro Arnaud Montebourg tacler la Commission, les commissaires, et la logique austéritaire de l’Europe. Il a réclamé une réorientation de l’Europe, une vraie relance. Il n’est pas le seul. Claude Bartolone, le président de l’Assemblée, exige la même chose. Sur son blog aussi, il assassine l’Europe fouettarde, l’Europe des règles et des disciplines. Cela suffit, tonne-t-il !

Et alors ?

Et alors, ici à ce micro, on a eu l’occasion d’avoir la dent dure contre la Commission. Mais essayer de lui faire porter le chapeau de la défaite électorale est culotté. D’abord, parce que la politique de la Commission, c’est la politique décidée par les chefs d’Etat, par les pays européens et le Parlement européen. La baisse des déficits publics, c’est eux qui l’ont voulu, elle ne fait qu’exécuter. Cela, c’est la forme.

Et sur le fond ?

Sur le fond : si des politiques de redressement à marches forcées des comptes publics ont été mises en place en Irlande, en Espagne, au Portugal, en Grèce et en Italie, ce n’est pas par obsession ou fantasme du zéro déficit. C’est parce que ceux qui prêtent l’argent, les marchés, refusaient d’en prêter ou alors à des conditions de taux prohibitives. Il y avait le feu à l’euro en 2011-2012. Les Etats-Unis n’ont jamais connu ce problème. Alors, maintenant que l’euro est stabilisé, faut-il alléger les contraintes ? Pourquoi pas. Mais en précisant que la France n’est pas concernée par ce débat-là.

Et pourquoi donc ?

La France, habilement, se met dans le bain des pays qui seraient victimes de l’austérité. Mais ce n’est pas le cas. Malgré un record de hausse d’impôts, son déficit public se situe au-dessus de la moyenne, c’est même le seul grand pays dans ce cas. L’Italie de Renzi, tant vantée ces jours-ci, affiche un déficit bien inférieur à 3%. Et la France ? L’Insee vient de publier les chiffres. Entre 2012 et 2013, le déficit des finances publiques a atteint 187 milliards d’euros. Tandis que la croissance cumulée 2012-2013 a péniblement été de 0,3%. On ne peut pas dire que le déficit soit très efficace ! Faut-il passer de 4 à 5, 6, 7% ? En réalité, c’est du côté des dépenses qu’il faut regarder. On hurle contre l’austérité mais, elles ont augmenté de 25 milliards l’an dernier. On a besoin des dépenses publiques, mais elles ont atteint un niveau extravagant. Pas besoin de chercher des boucs-émissaires qui conduiront à un rejet de l’Europe aux prochaines élections. Comment, enfin, la France peut-elle réclamer la main sur le cœur un gouvernement européen si elle n’en fait qu’à sa tête ?

Manuel Valls ne devrait pas, selon vous, écouter ces voix-là ?

Ce n’est pas parce qu’il passe de l’Intérieur à Matignon, de la rive droite à la rive gauche de la Seine à Paris qu’il doit écouter les sirènes de la facilité, parce que sa majorité prend l’eau.

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Le blog de Dominique Seux

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