Quatre millions de salariés sont désormais en chômage partiel, un sur cinq dans le secteur privé. C'est évidemment inédit, c'est un choix typiquement européen.

Muriel Pénicaud lors d'une conférence de presse le 1er avril 2020
Muriel Pénicaud lors d'une conférence de presse le 1er avril 2020 © AFP / Ludovic Marin

Les données établies par Muriel Pénicaud sont effectivement spectaculaires. En deux semaines et demi, plus de 300 000 entreprises ont demandé l’ouverture de ce parapluie pour presque quatre millions de leurs salariés hier soir.

Cette rapidité dit deux choses. 

Les services de l’Etat sont capables de miracles, grâce à leur engagement d’abord et grâce aussi aux technologies numériques, pour que l’information et les inscriptions se passent très vite.

Cela dit aussi ce qui se passe dans l’économie. Une partie est gelée, sans un euro de chiffre d’affaires ou avec une activité en plongeon, et en face il y a des charges. Le risque est la mise de la clé sous la porte. 

En 2008, la France avait snobé le chômage partiel, considérant qu’un salarié ne peut pas avoir un pied en dehors et un pied dans l’entreprise. Il devait être ou dedans ou dehors. Résultat : on avait beaucoup licencié en France, peu en Allemagne où le mécanisme est habituel. 

Cette fois-ci, le chômage partiel est encore plus adapté à la situation qu’en 2008. Cette fois, c’est un moment transitoire, c’est l’arrêt d’une machine qui n’est pas cassée et qui pourra repartir. L’idée est donc de mettre l’économie sous cloche. 

L'économie est-elle sous cloche ?

Oui, que disent les chiffres ? Qu’un salarié du secteur privé sur cinq, et cela n’est pas fini, va être pendant quelques semaines payé par l’Etat. Si on prend en compte les fonctionnaires et les chômeurs indemnisés, ce sont 40% des actifs qui sont aujourd’hui rémunérés par l’Etat. Quatre sur dix. 

En partie, pas totalement : les entreprises qui utilisent le chômage partiel complètent souvent le revenu des salariés. Mais enfin ce n’est jamais arrivé depuis la dernière guerre au moins. 

Y aura-t-il des abus ? Oui. Des entreprises demandent à leurs salariés de télétravailler tout en les mettant en chômage partiel. Mais on le sait, un canadair largue des tonnes d’eau qui arrosent parfois trop large. C’est regrettable mais inévitable. Pour l’instant, le gouvernement dit : cela va coûter onze milliards d’euros. De toute évidence, ces milliards sont bien employés pour que l’économie reparte - si bien sûr on pense que le confinement était inévitable. De toute évidence aussi, l’enveloppe sera plus élevée.

L'équipe
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.