L'édito éco avec Dominique Seux du journal "Les Echos". __Bras de fer depuis trois jours entre Bruxelles et la France sur l'aide accordée aux banques en pleine crise financière, au mois d'octobre. Les ministres des Finances des 27 doivent en reparler en ce moment dans la capitale belge autour d'un croissant et d'un café. La Commission récuse l'idée d'un veto mais le climat est tendu. De quoi s'agit-il ? En pleine tempête financière, Nicolas Sarkozy et Christine Lagarde, sa ministre de l'économie, ont donné deux coups de pouce aux banques. D'abord une garantie aux crédits interbancaires, à hauteur de 265 milliards d'euros. Cela ne pose pas de difficulté à Bruxelles. Et puis, ils se sont aussi donnés la possibilité de leur prêter 40 milliards, du cash donc. Et déjà, là-dessus, ils ont effectivement fait un chèque de 10,5 milliards d'euros à la BNP, à la Société Générale, au Crédit Agricole, aux Caisses d'Epargne et aux autres. C'est le statut de cette enveloppe qui est en débat. C'est une partie de poker. D'un côté, vous avez Bruxelles qui dit : "C'est une aide directe. Je dois donc vérifier qu'elle ne fausse pas la concurrence au détriment des banques qui n'ont rien reçu. Je dois vérifier aussi que ce n'est pas un cadeau déguisé, par exemple que le taux d'intérêt est assez élevé." En Grande-Bretagne, ce taux est de 12 %, contre 8% ici. En Grande-Bretagne, aussi, l'Etat s'est installé dans les conseils d'administration. "Enfin, ajoute Bruxelles, tant que les banques n'ont pas remboursé à l'Etat, elles ne versent pas de dividendes à leurs actionnaires." De l'autre côté, Paris dit : "Mes 10 milliards ne sont pas un plan de sauvetage des banques. Pour une bonne raison : elles n'ont pas fait faillite comme ailleurs. C'est un plan de sauvetage de l'économie. Donc les règles de la concurrence ne s'appliquent pas de la même manière. Et ce n'est pas un cadeau, la preuve, j'exige des banques qu'elles augmentent leurs crédits de 3%." Mais pour Bruxelles, aider les banques pour aider l'économie, cela n'est écrit nulle part dans les traités. Qui a raison ? Juridiquement, Bruxelles a raison. Sur le plan de l'équité, ça se discute. Le délai de remboursement du prêt est flou, la progression des crédits sera difficile à vérifier, et les banques étrangères en France sont moins bien traitées. Il faut discuter. Mais pour le reste, Bruxelles se trompe. Un : les banques françaises sont en meilleure forme que d'autres, leur imposer les mêmes contraintes que celles qui pèsent sur les banques qui ont chuté, en Angleterre, en France avec Dexia, c'est bizarre. Deux : L'objectif de l'aide était aussi de renforcer le capital des banques françaises quand les marchés faisaient du yo-yo. Ils continuent de faire du yo-yo, Wall Street a perdu près de 8% hier parce qu'on a appris que les Etats-Unis étaient en récession depuis un an pile et Tokyo a clôturé ce matin en baisse de 6,35%. Tout n'est pas fini. Trois : Politiquement, la Commission donne l'impression de tout faire pour être détestée. Elle a même laissé croire qu'elle imposait aux banques de moins prêter ! Le jeu va se calmer entre Paris et Bruxelles, avec un marchandage. Mais l'enjeu est moins technique qu'il n'en a l'air. Avec la crise, la Commission européenne a vu son rôle réduit sur les déficits publics : les critères de Maastricht ont sauté. Son pouvoir sur les aides des Etats aux entreprises est contesté. Elle veut donc défendre son pré carré historique : le respect des règles de la concurrence. Sur le principe, elle a raison mais le moins que l'on puisse dire, c'est qu'elle ne choisit pas le meilleur terrain avec les banques françaises. Ce n'est pas un bon service rendu là à tous ceux qui espèrent un exécutif européen plus fort et une Europe plus intégrée.

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