Les informations de Wikileaks et de cinq quotidiens ont rouvert le débat sur l’équilibre entre les exigences de confidentialité et de transparence. Qu’en est-il en matière économique ?

Ce débat a été poursuivi à votre micro hier (avec Hubert Védrine) entre deux des éditorialistes d’Inter, Bernard Guetta et Thomas Legrand, dont les approches ne sont pas les mêmes ! Et ce débat va bientôt se déplacer sur le terrain économique puisque Wikileaks annonce des révélations (selon lui) compromettantes sur le comportement des grandes banques. Avec ce type de « teasing », il est normal que l’on ait envie d’en savoir plus ! Le succès mondial est donc garanti. Et pourtant, il est difficile de contester que la vie économique a besoin de confidentialité, de discrétion et même de secret. La transparence absolue n’est pas un progrès absolu.

C’est sûr : chacun de nous aimerait en savoir plus sur beaucoup d’événements économiques. Mettre la main sur les débats entre Obama, Hu Jiantao et les autres pendant les G20. Avoir les enregistrements de la Société Générale pendant l’affaire Kerviel. Vérifier de l’intérieur si oui ou non les opérateurs français de télécoms fixent entre eux les tarifs des forfaits. Savoir en ce moment ce que se racontent hors micros les chefs d’Etat sur la crise de l’euro. Il y aurait des enseignements, du croustillant et du décevant. Mais faut-il tout savoir ?

Alors quelle est la frontière ? La transparence a, évidemment et tant mieux, progressé ces dernières années. Il y a dix ans, Denis Kessler, patron et économiste libéral, théorisait dans un article fouillé cette avancée, utile pour les salariés, les clients, les actionnaires et surtout pour le progrès économique. Si davantage d’éléments avaient transpiré sur la façon dont les banques américaines géraient leurs crédits immobiliers au moment des sub-primes, la catastrophe aurait peut- être pu être évitée. Dénoncer des scandales est nécessaire. Mais jusqu’où ? La question posée par les divulgations de Wikileaks n’est pas seulement celle du passage d’un système de « fuite » artisanal (un document transmis sous le manteau) à un système de fuite « industriel » (grâce à l’informatique de réseau).

C’est l’arrivée possible dans le domaine public de toutes les informations : celles qui contre balancent les excès de pouvoir et les mensonges (qui sont donc utiles) mais aussi celles qui n’ont d’autre intérêt que de gêner le travail d’une organisation. Non, tous les secrets de fabrication d’une décision, les comptes rendus de négociation internationale et de conseil d’administration ne méritent pas d’être connus en temps réel au prétexte qu’ils suscitent notre curiosité. La confiance est nécessaire dans les relations économiques. Une fois cela dit, la question est celle du filtre. Le filtre journalistique utilisé dans le cas présent est un moindre mal. Les journalistes peuvent du coup se rassurer : l’abondance d’informations diminue le prix de l’information brute mais augmente la valeur de l’analyse !

Les Echos ont décerné hier soir leur grand Prix annuel de l’économie. Il a été remis à Paris par Valéry Giscard d’Estaing et Christine Lagarde à Walter Schäuble, le francophile ministre allemand des Finances, pour son rôle clé dans la défense de l’euro et de la zone euro.

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