Jean-Marc Ayrault terminera aujourd’hui ses consultations sur la réforme fiscale commencées lundi dernier. Peut-on faire un premier bilan ?

Le Premier ministre a vu beaucoup de monde depuis huit jours : les syndicats, le patronat et les partis politiques. Il devrait d’ailleurs rendre publique sa feuille de route, son calendrier, d’ici le milieu de la semaine. La première conclusion, évidente, est que l’annonce de ce chantier et ces consultations n’ont pas mis fin aux mouvements de colère contre les impôts. Samedi, les bonnets rouges ont été encore nombreux à Carhaix. Il y a eu aussi entre 2.000 et 4.500 poids lourds impliqués dans des barrages filtrants dans toute la France contre l’écotaxe. Hier, Jean-Luc Mélenchon a défilé contre la hausse de la TVA. Sans oublier les opérations escargots des centres équestres prévues aujourd’hui. Bref, le seau d’eau de la réforme fiscale, pour l’instant, n’a pas éteint le feu fiscal.

Deuxième point, sur les ambitions du gouvernement lui-même.

Les ministres du gouvernement ont d’abord reçu un coup dans l’estomac avec les annonces surprises de Jean-Marc Ayrault. Depuis huit jours, les langues se délient un peu sur ce que pourrait être cette réforme. On comprend que l’idée de la fusion CSG-impôt sur le revenu soulève peu d’enthousiasme. Il faut dire qu’un rapport interne à Bercy, qui avait été écrit début 2012 et qui a été dévoilé vendredi par Les Echos , concluait quelque chose d’assez effrayant : il y aurait des gagnants mais aussi 10 millions de perdants ! Cela fait réfléchir. Plus modestement, on entend du coup parler du coup de l’idée de rajouter un peu de progressivité dans la CSG. Quant à elle, la piste d’un impôt sur le revenu prélevé à la source se dégonfle aussi pour la simple raison que les deux tiers des contribuables ont déjà choisi le prélèvement automatique mensuel.

Troisième point du bilan : on ne parle pas beaucoup d’économies dans les dépenses publiques.

« Pas beaucoup », vous voulez dire : pas du tout. Jean-Marc Ayrault avait indiqué que la concertation porterait autant sur les dépenses publiques que sur les impôts qui les financent. Et il était très sincère. On ne sait pas ce qui s’est passé dans le secret de son bureau mais sur le perron de Matignon à la sortie, personne n’en a parlé. Et justement, le rapport parlementaire du député PS Christian Eckert, publié vendredi soir à 23h 59, donne sur ce point deux informations intéressantes. Les dépenses de l’Etat, de 370 milliards d’euros en 2012, sont passées à 378,3 milliards en cette fin d’année 2013. On doit le reconnaître, hors crédits exceptionnels pour les pays européens en difficulté, c’est rigoureux. Pour autant, il y a bien une hausse. Second chiffre : c’est une confirmation, les dépenses publiques représentent cette année 57,1% du PIB, de la richesse nationale, un record absolu. Dans la zone euro, seule la Grèce et la Finlande font plus.

Et donc ?

Le ministre du budget, Bernard Cazeneuve, doit se sentir bien seul ! Il s’apprête à ferrailler dur avec les ministres. Il envisage, dit-on, de les convoquer le soir à l’heure du dîner, mais sans les faire dîner, L’hypoglycémie pour faire des économies ! Pourquoi pas !

Pour aller + loin

Michel Rocard
Michel Rocard © Radio France

> L'interview Eco

La réforme fiscale selon RocardC'est le 5 décembre, après avoir fini de voir les politiques, que Jean-Marc Ayrault proposera un calendrier et une méthode pour négocier, mais la question de la CSG est déjà au cœur du débat. Michel Sapin se dit favorable à sa progressivité parce qu'elle pèse plus (90 Milliards) que l'impôt sur le revenu (75 Milliards).

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