Oui, la voiture est depuis toujours associée à la santé économique d’une population, d’un pays, associée à la liberté, à la mobilité. Eh bien, les données publiées hier sur les ventes de véhicules neufs en France prouvent que quelque chose est en train de se passer. Selon les prévisions, il se vendra 1,85 million de voitures neuves cette année, à peu près autant qu’en 2013. Mais bien en dessous du niveau d’avant-crise : il s’en vendait alors entre 2,1 et 2,3 millions par an depuis vingt ans. Et pour 2015, personne ne prévoit de bond en avant. Ce qui est intéressant, c’est que le marché français stagne alors qu’en Europe prise en totalité, le marché rebondit. Ce n’est pas le seul signal de changement. Les Français achètent moins de voitures neuves, et en plus celles qu’ils achètent sont de plus petite cylindrée, donc sont moins chères. Il y a vingt ans, six voitures sur dix étaient dans ce qu’on appelle les gammes inférieures ; aujourd’hui c’est plus de huit sur dix. Ce n’est pas un hasard si Dacia, la marque low cost de Renault affiche la progression la plus forte depuis le début de l’année. Alors, me direz-vous, que font les Français ? Eh bien, ils gardent leur voiture plus longtemps, presque neuf ans désormais. Et le marché de l’occasion tourne à fond. Il pèse trois fois plus que le neuf. Dernier élément que l’on oublie souvent de mentionner : une voiture sur deux vendue en France l’est à une entreprise et cette proportion ne cesse de grimper.

Bon, alors que se passe-t-il ? Ce n’est pas tout simplement que les Français n’ont plus d’argent ?

L’explication par la crise et le pouvoir d’achat en berne, je n’y crois pas – en tous cas ce n’est pas la seule explication. Le pouvoir d’achat a continué (globalement et en moyenne bien sûr, pas pour tout le monde) de se tenir ces dernières années et les taux d’intérêt ont franchement baissé, ce qui permet d’acheter à crédit. La peur de perdre son emploi joue certainement avant de s’engager. Mais quand même. Il faut aller chercher dans la valeur même attribuée à l’automobile. La France est dans une situation très différente de celle de l’Allemagne par exemple, où avoir une belle et grosse voiture est inscrit dans les gênes. Ce qui permet de dire cela aussi, c’est l’âge moyen du Français qui achète une voiture neuve : 54 ans ... Les plus jeunes (c’est une banalité) croient plus au partage, à la valeur d’usage que d’acquisition. Plus globalement, une enquête Cetelem de septembre montrait que les Français étaient les plus utilitaristes et qu’ils étaient les plus nombreux à associer la voiture à ses nuisances (stress, bruit, pollution). La réalité d’aujourd’hui, c’est qu’ils ont détourné leur investissement affectif vers les produits high-tech ; la réalité de demain, c’est que les constructeurs français doivent s’adapter à un marché qui ne remontera pas.

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