La question est angoissante parce que la réponse est : peu de choses si on retient les seules idées ou avancées technologiques qui seraient connues du monde entier. Reste l'art de vivre, ce n'est pas rien mais c'est insuffisant. Il manque à l'Europe la volonté de puissance.

This picture taken on December 1, 2020 and released on December 2, 2020 by the China National Space Administration (CNSA) via CNS shows an image taken by the camera attached to the Chang'e-5 spacecraft during its landing process on the moon.
This picture taken on December 1, 2020 and released on December 2, 2020 by the China National Space Administration (CNSA) via CNS shows an image taken by the camera attached to the Chang'e-5 spacecraft during its landing process on the moon. © AFP / CHINA NATIONAL SPACE ADMINISTRATION (CNSA) VIA CNS / AFP

"Qu'a apporté l'Europe au monde depuis 20 ans ?". La question est posée sur le terrain technologique et la réponse est, oui, inquiétante. Des événements récents invitent à se la poser. 

- Hier, les Chinois ont posé sur la Lune un module ; c'est la 3ème fois mais s'ils réussissent à faire revenir leur fusée sur terre en ramenant des cailloux, ce sera une première pour eux, et ils rejoindront les Américains et les Russes dans ce club fermé. On sait que Pékin promet d’envoyer des hommes sur la Lune avant 2030. 

- Mi-novembre, Arianespace connaissait un vrai échec sur un lancement de fusée, au moment même où l’entreprise privée américaine Space X envoyait quatre astronautes vers la station internationale -une première. 

- Et on voit bien que la totalité des outils numériques que nous utilisons dans cette période exceptionnelle (Zoom, Team’s, Skype) sont américains. 

On ne mélange pas des choux et des carottes, tout cela est vertigineux si on se pose effectivement cette question :             « Depuis 20 ans, quelle innovation européenne s’est faite connaître du monde entier ? ». Eh bien, la réponse est celle-là : .... trois secondes de silence. Regardons le détail. 

- Si on parle du numérique, la carte à puces, le Bluetooth et Spotify ont certes été inventés en Europe, mais c’était il y a longtemps et ils pèsent peu face à Google, Facebook, YouTube, Twitter, Airbnb, Amazon, Instagram, Netflix etc., et même Skype, né en Estonie mais racheté par Microsoft. 

- Si on parle maintenant des télécoms, ne rouvrons pas le débat sur la 5G, qui démarre cette semaine en France, mais les Chinois ont d’ores et déjà déployé 700.000 stations-antennes 5G chez eux (merci à Pierre Haski pour le lien). 

- Enfin, si on parle transports, il y a des champions européens de l’automobile (Volkswagen, PSA), mais la valeur en Bourse de Tesla, le champion du véhicule électrique, représente autant que celle de l’ensemble des constructeurs classiques du monde.

Et donc, rien pour l’Europe ?

- Si quand même. Les avions d’Airbus sont connus dans le monde entier – dommage que l’A380 n’ait pas marché, mais la gamme est large. En matière industrielle BtoB (SAP, Dassault Systèmes ...) et marketing (le secteur du luxe), l'Europe est bien placée.

- Il y a aussi les produits de l’intelligence. On pense à la formidable découverte par l’entreprise allemande BioNTech et ses dirigeants d’un des nouveaux et probables vaccins contre le Covid-19 (avec l’Américain Pfizer) - dirigeants en pointe aussi sur l'immunothérapie. Mais hélas c’est un peu l’arbre qui cache la forêt sur la recherche. 

- En définitive, ce que l’Europe apporte le plus au monde, c’est son modèle social généreux, son véritable art de vivre et de travailler (moins que partout ailleurs) et ses efforts uniques contre le réchauffement climatique. 

Est-ce bien ? Oui. Est-ce suffisant ? A l’évidence, non. 

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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