L’édito éco de Dominique Seux, du journal « Les Echos ». ___« Les Echos » dévoilent ce matin un rapport de l’Inspection générale des affaires sociales sur les rémunérations dans les hôpitaux français. Ce rapport devrait faire du bruit. C’est une enquête réalisée par l’Igas, après un an de travail, sur la rémunération des médecins et chirurgiens hospitaliers, y compris en clinique. Pourquoi Roselyne Bachelot, la ministre de la Santé, a-t-elle commandé ce travail ? Elle voulait savoir si le système actuel fonctionne bien. Eh bien, la réponse est sans ambiguïté, c’est non, et c’est important au moment où les députés vont, bientôt, débattre d’une réforme de l’hôpital. Ce rapport, qui ne devait pas être publié, est très sévère sur l’opacité totale des rémunérations des médecins, les inégalités étonnantes et l’absence de contrôle. Comme certains médecins de ville ont une activité à l’hôpital et en clinique, cela donne aussi des informations sur leurs revenus. Tout cela n’invalide pas l’idée que notre système de santé est bon au niveau mondial. Mais cela a des conséquences y compris pour les patients. Quelques exemples concrets. Le premier constat est l’éventail large des revenus entre spécialités. Si on prend ce qui est déclaré aux impôts, les radiologues, y compris avec leur activité en hôpital ou en clinique, se situent tout en haut de l’échelle, avec un revenu de 170.000 euros par an en moyenne, après leurs charges. C’est plus que les chirurgiens qui sont presque au niveau des anesthésistes. A l’autre bout de l’éventail, on trouve les psychiatres, les pédiatres et tout en bas, les généralistes, 70.000 euros. Avec les dépassements d’honoraires, certains spécialistes gagnent beaucoup plus. 10% des radiologues ont ainsi un revenu de 273.000 euros. Si on regarde maintenant les médecins qui ne travaillent que dans les hôpitaux publics, on devrait avoir peu d’écarts entre les médecins salariés. En fait, les revenus vont de un à cinq voire de un à dix. A cause des gardes, des astreintes, des travaux extérieurs pour des laboratoires et des consultations privées. Il y a trois conclusions. La première, c’est qu’il y a une opacité, des inégalités et certains abus, rares mais qui existent. Et il y a peu de contrôle, alors qu’il s’agit d’activités financées en partie sur fonds publics, dans des lieux publics. Seconde conclusion, plus intéressante. Il y a de plus en plus d’écarts non justifiés entre d’un côté, la médecine d’urgence et technique, celle du Samu, des anesthésistes, des radiologues, très valorisée et bien payée. Et de l’autre, la médecine qui prend en charge le malade dans la durée, la prévention, les maladies chroniques, les cancers etc, moins bien considérée et payée. On aura de plus en plus besoin de ces médecins là, qui ont un énorme dévouement et pas d’horaires. Cette rupture n’est pas saine alors qu’on manque de ces médecins. Enfin, troisième conclusion, plus politique, le gouvernement ne sera pas mécontent de voir que les urgentistes, très revendicatifs avec le médiatique Patrick Pelloux, ne sont pas les plus à plaindre. Le gouvernement va-t-il utiliser ce rapport ? Sans doute. La réforme Bachelot veut redonner plus de pouvoirs aux directeurs d’hôpitaux par rapport aux médecins. Diviser les médecins entre eux peut calmer leur opposition. Mais attention à ne pas déclencher un réflexe de solidarité, on se souvient de la coupure entre la droite et les médecins en 1995. Et attention aussi à ce que les patients ne perdent pas confiance dans l’hôpital.

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