Des dizaines d’entreprises françaises et étrangères ont suspendu leurs activités en Egypte ces derniers jours et c’est l’occasion de nous intéresser à ce qu’elles disent de la situation.

Leur premier réflexe est effectivement de précaution et de prudence. Le premier point est qu’il n’y a pratiquement plus de touristes français au Caire, les tour-opérateurs ont affrété 30 avions pour aller les chercher. Environ 600.000 Français vont chaque année en Egypte, les départs sont suspendus au moins jusqu’à lundi inclus. Le second point est que les entreprises ont réduit leur activité. Vinci et Bouygues ont stoppé le chantier du métro du Caire (ligne 3) et fermé leurs bureaux. Lafarge a arrêté son usine de ciment, France Télécom a rapatrié un peu de personnel, tout comme le Crédit Agricole. BMW, l’allemand Metro ont fermé leurs établissements ou leurs supermarchés. Pas d’affolement donc, mais ce sont des dizaines de milliers de salariés égyptiens concernés.

Que pensent-elles, ces entreprises, de ce qu’il se passe ?

Sur le plan économique, qui est leur premier souci, elles ne sont pas surprises par la dégradation du climat social. On l’a dit hier ici, l’Egypte, c’est Janus (ou disons plutôt : deux profils égyptiens !). D’un côté, une croissance forte ces dernières années, supérieure à 5%. Un pays appartenant à la deuxième division des pays émergents –à côté de l’Afrique du Sud ou de l’Indonésie. De l’autre, une inflation galopante (10%), des prix de denrées alimentaires qui se sont envolés. Et une corruption, une bureaucratie qui sont allées en empirant au fil des années, l’armée contrôlant une partie –dans des proportions inconnues- de l’économie pour son propre compte. En Egypte, résumait il y a quelques jours un entrepreneur, le « qui tu connais ? » compte bien plus que le « que sais-tu faire ? ».

Et que pensent les sociétés étrangères de la situation, cette fois, politique ? L'incertitude politique n'est jamais propice aux affaires, mais imaginer que les régimes forts, dictatoriaux, sont ce qui leur plaît le plus serait une erreur. On est plus dans les années 70 en Amérique latine ! Pour des raisons qui ne tiennent pas seulement au goût de la démocratie. Régime autoritaire, en Egypte comme en Tunisie, veut dire stabilité, mais aussi centralisation du pouvoir, des décisions. Or, le développement a besoin au début peut-être de planification, de centralisation, mais le vrai développement ne vient qu’avec l’innovation, qui suppose de la liberté économique et politique.

Les ex-pays de l’Est, la Corée du Sud, l’Indonésie ont décollé avec la démocratie. Et la Chine me direz-vous ? En Chine, c’est une croissance effrénée enrichissant les classes moyennes et une croissance au début en partie importée par les sociétés étrangères, qui fait tenir le régime. Bref, comme tout le monde, les entreprises espèrent que l’Egypte inventera une troisième voie entre régime islamiste et militaire. Comme en Turquie. La situation économique permet-elle de deviner quel sera le prochain domino après l’Egypte ? Non ! Le cocktail de causes est trop complexe. Presque pour l’anecdote et par ironie, on peut citer le dernier rapport des Nations-Unies (novembre) qui cite cinq pays arabes parmi les 10 pays les plus remarquables dans le monde où l’indice de développement humain – santé, éducation, espérance de vie – a le plus progressé en 40 ans : dont la Tunisie, le Maroc, l’Algérie, l’Arabie saoudite. C’est vraiment complexe mais la piste est tracée.

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