L’édito éco de Dominique Seux, des Echos. Le Salon des entrepreneurs se tient à Paris, au moment où un cap est en train d’être passé.

Depuis la création de ce statut en 2009 par Hervé Novelli, environ un million d’auto-entreprises sont nées. Environ, parce qu’il est difficile de savoir au jour près où on en est. Ce cap mérite d’être signalé, mais pas pour les raisons auxquelles on pense tout de suite. Car sur le plan économique, l’auto-entrepreneur ne constitue pas vraiment un enjeu ; en revanche, sur le plan culturel, c’est déjà plus intéressant ; Et sur le plan politique, c’est très intéressant.

Trois idées, trois questions ! D’abord, l’aspect économique ?

Ce qui est sûr, c’est que ce statut a séduit : il offre, en trois clics, simplicité, rapidité, gratuité et sécurité – sans oublier un régime fiscal et social de faveur. Créer son activité devient un jeu d’enfant, tout en payant des charges et des impôts. En même temps, on voit que, sur le million d’auto-entreprises créées en deux ans, un quart ont déjà disparu. Une autre proportion est sans activité réelle. Surtout, le chiffre d’affaires global de ces mini-entreprises est limité, 4 milliards d’euros. Le chiffre d’affaires moyen de celles qui fonctionnent serait de 1.000 euros par mois – c’est faible. Au total, économiquement, les auto-entreprises sont un épiphénomène.

Ce succès est plus significatif sur le plan culturel ?

Oui, il montre un vrai appétit pour la création d’entreprise de la part de salariés du privé ou de fonctionnaires en activité qui développent une activité parallèle ; de la part de chômeurs qui cherchent à redémarrer sous leur propre bannière. Internet a rendu cela possible mais ce succès montre que l’on peut être à la fois salarié et son propre patron, entrepreneur occasionnel sans être toujours un professionnel. Sur le plan du symbole, c’est une des bonnes idées à mettre à l’actif du quinquennat de Nicolas Sarkozy. Si François Hollande est élu, il envisage de revenir en arrière. Ce serait dommage.

Mais c’est sur le terrain politique que c’est le plus intéressant ?

Je crois. Ce mécanisme, qui met en branle beaucoup d’acteurs, impôts, Urssaf, régimes de retraite, etc., montre que la simplification de l’Etat est possible. Mieux, l’intérêt y compris médiatique qu’il suscite popularise la création d’entreprise et les entreprises elles-mêmes, petites, moyennes ou grandes – là, on quitte le terrain de l’auto-entrepreneur. C’est utile car, contrairement à l’Allemagne où la culture sociale dominante est celle des ouvriers et des employés du secteur privé, la culture dominante, en France, est celle des secteurs public et parapublic, pas des entreprises. Entreprises sur lesquelles le regard est souvent celui de l’émotion (quand il y a une crise, des grands contrats). Si les choses se rééquilibrent, tant mieux.

Il y a encore du chemin ?

Oui ! Le savez-vous ? Cette année, la Chine devrait détrôner la France comme premier partenaire commercial de l’Allemagne.

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