Le thème de votre édito ce matin : le 15ème anniversaire des 35 heures.

Oui, la généralisation des 35 heures aux entreprises de plus de vingt salariés s’est faite le 1er février 2000. C’est deux ans plus tard, en 2002, qu’elles seront applicables à l’ensemble des entreprises françaises. Quinze ans après, qu’en dire ? Essentiellement trois choses. D’abord, cette 15ème bougie n’a été soufflée par absolument personne. On aurait pu imaginer que la gauche, le gouvernement, se réjouissent bruyamment, vantent cette conquête sociale. J’ai regardé : il y a seulement, hier, un modeste tweet en 140 signes de Claude Bartolone, le président de l’Assemblée nationale pour évoquer cette avancée. A Pékin, Manuel Valls a quant à lui, minimisé les choses en expliquant aux chinois que les 35 heures sont « seulement » une référence ! Le totem est vraiment tombé par terre. La droite n’en fait pas des tonnes non plus : normal, sur quinze ans de 35 heures, elle a été au pouvoir pendant dix ans. Bref, silence dans tous les rangs.

Deuxième point : quel bilan économique ?

Ce bilan, il est bon pour ceux qui travaillent moins et ont du temps libre, bien sûr ! Un seul exemple, on en a parlé la semaine dernière : les cadres d’EDF ont entre 11 et 14 semaines de congés par an en tenant compte de ce qui est convertible en salaire ... ! Mais globalement, cela n’a pas permis de changer la donne en matière de chômage (ce qui était l’objectif quand même) : on est au même niveau qu’il y a vingt ans. Alors, économiquement, ce bilan est ou mauvais ou neutre. Il est neutre pour tous ceux qui ont pu reporter sur autrui le coût des 35 heures payées 39. Les grandes entreprises en forme les ont faits payer par leurs clients ou avec de la flexibilité ; l’Etat et les collectivités locales en embauchant et en acceptant une baisse du service rendu ; en revanche, bilan mauvais pour les entreprises qui avaient la tête sous l’eau ou à peine hors de l’eau. Baisse des marges, désorganisation, compensation par une productivité qui a été rude, très rude, pour les ouvriers ... Au total, on le sait, les grands gagnants ce sont les cadres des grandes structures qui ont gagné des congés.

Troisième point : la concomitance des 35 heures et de l’euro...

Avec le recul, c’est ce qui frappe le plus. La France s’est lancée dans cette aventure solitaire exactement au moment où elle s’apprêtait à passer à l’euro, en 1999 quand le taux de change est devenu fixe, et en 2002, quand la monnaie elle-même a changé. Tous nos débats politiques ont porté sur les 35 heures, jamais sur l’euro, une révolution considérable. Nous avons perdu la possibilité de dévaluer et nous avons fait les 35 heures ; pendant ce temps, l’Allemagne et les pays du Nord se mettaient en ordre de marche pour gagner de la compétitivité. L’économie française a donc subi deux chocs en même temps. Deux chocs contre lesquels aucun airbag n’a encore été trouvé. Rétrospectivement, c’est stupéfiant.

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