Le gouvernement entrouvre la porte à la dégressivité des allocations-chômage. C'est une solution pour l’emploi ?

On peut penser que non. Le tabou a été levé dimanche par la ministre du Travail Myriam El Khomri et relevé hier par Michel Sapin son collègue de Bercy. Précision: Ils n’ont pas dit oui, il faut le faire, ils ont dit tout est sur la table - mais ils n’ont pas dit non non plus. En vérité, cette idée n’ira pas très loin parce qu’en période de croissance molle, la priorité est de favoriser la création d’emplois, pas d’inventer des mécanismes qui sous-entendent que les chômeurs ne cherchent pas d’emploi. Or, la diminution des allocations par palier tous les quatre mois, on l'a connu dans les années 90, sous-entend çà: c’est la pression financière qui va ramener vers le travail. Bien sûr, chacun connaît des gens qui ne cherchent pas avec conviction un emploi, ou en tous cas qui se donnent le temps de le chercher; mais c’est une minorité – même si c'est minorité peut-être élevée. Je peux vous révéler que la dégressivité, les milieux patronaux ne l’envisagent qu’en cas de refus répété d’offres d’emplois.

Mais il va falloir trouver des économies.

Oui, l’Unedic est en déficit. C'est vrai, la France est atypique: on indemnise plus rapidement (il suffit d’avoir travaillé quatre mois) et plus longuement (un jour travaillé = un jour indemnisé et cela peut durer deux ans ou trois ans selon l'âge. Au Royaume-Uni c’est six mois, en Allemagne, un à deux ans, en Espagne, deux ans. Bref, le système est plus généreux ici. Au total, il va falloir trouver des économies. Cela étant si on ne touche pas aux prestations, il y a des solutions côté recettes. Pourquoi les salariés qui ont un emploi garanti à vie ne contribueraient-ils pas plus qu’aujourd’hui à l’assurance-chômage des salariés du privé? Pour l’anecdote enfin, sachez que Pole Emploi ne cotise pas à l'Unedic !

Une conclusion plus générale ?

Le pays est stressé parce que des débats sont lancés en l'air sans cesse. Depuis deux ans, je les cite : les seuils sociaux, les prudhommes, les 35 heures, le contrat de travail, le travail du dimanche, le droit du travail, les professions réglementées. Et ils ne se concluent jamais.

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