Ce matin, une analyse économique des sondages politiques.

Les sondages doivent être pris avec des grandes pincettes, ils peuvent être contradictoires, ce ne sont pas des pronostics, juste une photographie à un instant donné. Mais deux sondages publiés hier, l’un par Paris-Match l’autre par Les Echos, disent quelque chose de l’état d’esprit actuel des Français. Quoi ? Ceci. Plus de 50% d’entre eux pensent qu’il faut revoir en profondeur l’économie, tourner le dos à ce qui se fait depuis des années et ils font des propositions radicales. La majorité dont on parle, c’est l’addition des intentions de votes exprimées en faveur de Marine Le Pen, Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon, plus Nathalie Arthaud, Philippe Poutou etc. Leurs projets sont différents, leur histoire aussi, et ils ne veulent pas renverser la table de la même façon. Mais ils ont en commun une chose : ils pensent qu’au fond, l’économie est subordonnée à la politique, la volonté politique suffit à faire plier le fonctionnement de l’économie. Un Français sur deux qui croit à l’une ou l’autre de ces idées, c’est nouveau. Une telle majorité d’idées ne s’est vue ni en 2007 ni en 2012. Il faut remonter probablement à 1981.

Chacun incarne une rupture ?

Oui. Face à Fillon et Macron qui s’inscrivent dans le système économique actuel, tout en souhaitant le corriger, Hamon, Mélenchon et Le Pen veulent une vraie rupture. Pour Marine le Pen, c’est la fin voulue de l’euro. Pour Jean-Luc Mélenchon, c’est entre autres la nationalisation des banques. Pour Benoît Hamon, c’est mettre le revenu universel au cœur pour dire que la croissance et le travail sont davantage derrière nous que devant nous. Question : pourquoi une adhésion d’un Français sur deux à des idées aussi clivantes et radicales ? Et là, il y a deux hypothèses. Soit parce qu’ils y croient vraiment. Soit, et c’est plausible, ils se rallient à des personnalités qui promettent beaucoup en pensant qu’elles feront un peu. Alors que les modérés, eux, promettent un peu et à l’arrivée ne font pas grand-chose. Ce sont des demandes d’espoir et d’autorité auxquelles les modérés n’arrivent plus à répondre. On ne sait pas, mais si c’était cette hypothèse, la post-vérité, la domination des faits par les émotions, aurait sa traduction : le temps de la post-économie, cela où le réel ne compte plus par rapport aux colères et aux fantasmes.

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