Ce matin, réforme de la fonction publique : les mots et la chose.

Edouard Philippe, en sortant hier du séminaire qui s’est tenu à Matignon sur la réforme de l’État, a lâché les quatre mots les plus tabous qui soient sur ce sujet. Evolution du statut des fonctionnaires, reconnaissance du mérite, plan de départ et évaluation. Ouh la la ! Il n'y a aucun doute : c’est fait exprès ! Sur l’université, le mot sélection n’a jamais été prononcé (on a préféré des improbables attendus), mais, là, le gouvernement a choisi de ne pas tourner autour du pot : huit mois après la présidentielle, c’est encore le temps de la réforme, autant appeler un chat un chat. 

La stratégie est tout aussi  limpide  : ne pas mettre en avant la baisse du nombre de fonctionnaires (120.000 sur 4,3 millions pour l’État et les collectivités locales, soit 2,8 %) : c’est l’anti méthode Sarkozy du "un sur deux". Mais se pencher sur la gestion des ressources humaines dans le secteur public, ou plutôt souvent l’absence de GRH. 

- Un peu d’individualisation du salaire en fonction du travail réel effectué : nombre d’agents pourraient bien être pour ; 

-l’abandon du droit au statut pour certaines fonctions dites support : c'est vrai, quelle est la logique à ce qu’un chauffeur de ministère, un informaticien, certains cadres, des agents d’entretien bénéficient du statut de 20 à 62 ans ? De logique, il n'y en a pas beaucoup. 

A noter -c’est une information que m'a donnée Matignon hier soir - que les enseignants du public ne seront pas du tout concernés par des recrutements sous forme contractuelle. 

- Mais hier, c’est bien sûr l’idée d’un plan de départ volontaire contre un chèque (et sans doute des trimestres de retraite) qui a fait le plus de bruit. Là encore, les syndicats devront se souvenir que dans le privé il y a souvent beaucoup de volontaires. Bref, les mots prononcés sont forts et l’ambition affichée élevée.

Mais des mots à la chose, il y a un pas

Oui, les phrases du poème très galant de l’Abbé de l’Attaignant s’appliquent à bien des sujets, y compris très sérieux. Des réformes de la fonction publique ont déjà été tellement de fois annoncées qu’il faut en parler avec grande prudence avant de jurer qu’il va vraiment se passer quelque chose. 

C’est probablement pour cette raison qu’Emmanuel Macron et son Premier ministre partent si fort, visent haut, c’est pour qu’il reste un peu de résultat à la fin. 

Si l’objectif est louable parce que notre fonction publique a la souplesse de l’Armée rouge un soir d’hiver au détriment de ses agents très impliqués, on peut d’ores et déjà noter que le calendrier est subtil et ... prudent : le projet de loi ne sera pas voté avant début 2019. Après les élections professionnelles.

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