3000 salariés se mettent chaque jour en arrêt de travail automatique et indemnisé pour suspicion de Covid. C'est seulement 10% des arrêts quotidiens habituellement déclarés. Les Français ne tirent pas trop sur la corde, comme le craignait le patronat.

3.000 salariés se mettent chaque jour en arrêt de travail automatique pour suspicion de Covid, soit 10% des arrêts quotidiens habituellement déclarés.
3.000 salariés se mettent chaque jour en arrêt de travail automatique pour suspicion de Covid, soit 10% des arrêts quotidiens habituellement déclarés. © Getty / BSIP

Depuis bientôt un an, la France, comme tous les autres pays, vit une période extraordinaire où tous les repères y compris ceux du travail sont chamboulés. Des activités économiques sont purement et simplement fermées, des millions de salariés sont en télétravail, d’autres millions ont été ou sont encore actuellement au chômage partiel. La plupart des Français s’inquiètent plus ou moins quand ils toussent de travers et cela inquiète leur environnement professionnel. 

Mais y a-t-il des abus ?

Certains en profitent-ils pour lever carrément le pied ? Pendant le premier confinement, la question s’était posée : certains salariés, dans le secteur privé et la fonction publique, étaient sorti des radars. Eh bien, aujourd’hui, un instrument permet indirectement de mesurer ce qu’il en est. 

De quoi parle-t-on ? Depuis le 10 janvier, les personnes ressentant des symptômes du Covid ou désignés cas contact, dont l’emploi n’est pas télétravaillable, ces personnes peuvent se placer immédiatement en arrêt-maladie sans passer par un médecin. Elles remplissent leur demande en ligne, elles doivent se faire tester dans les deux jours, puis sont indemnisées comme pour un arrêt de travail. Sans jour de carence. Bien sûr, l’objectif, c’est de les isoler. 

Et le résultat est : depuis le début, il y a eu en moyenne 3000 arrêts automatiques par jour, soit 65 000 au total. Des arrêts de 1,9 jour en moyenne, un tiers des personnes déclarant effectivement le Covid – les deux autres tiers ayant craint de l’avoir. 

Alors, est-ce un rush de personnes qui prennent 48 heures de repos aux frais de la princesse ?

3000 nouveaux arrêts par jour, est-ce beaucoup ? Non. Car il y a habituellement 30 000 nouveaux arrêts par jour. 10% de plus en temps de Covid, ce n'est pas une explosion… 

L’assurance-maladie surveille simplement les cas de demandes répétées et a identifié 2% de fraude.

Qu’est-ce que cela veut dire ? Que les Français, pour stressés qu’ils soient par la situation, n’en abusent pas. C’est une bonne nouvelle ? Le monde des entreprises, notamment la CPME, craignait une explosion des demandes automatiques – ne serait-ce que parce qu’en France, c’est vrai, il y a davantage d’arrêts de travail qu’ailleurs.

La conclusion, c’est que le monde du travail et la vie économique sont totalement bouleversés, mais l’impression qui domine est que chacun a conscience que ce n’est pas le moment de tirer sur la corde, déjà proche de la rupture.

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter