L'édito éco de Jean Marc Vittori du journal "Les Echos". La Russie a souhaité la nouvelle année à l'Ukraine en lui coupant le gaz. L'Ukraine pourrait riposter en interrompant la circulation du gaz dans les tuyaux qui passent sur son territoire pour livrer la production russe à l'Union Européenne. Risquons-nous, Jean Marc, de manquer de gaz? Promis-juré, il n'y aura pas de problème, même si la France achète le quart de son gaz à la Russie! Le Premier Ministre russe Vladimir Poutine et sa consœur d'Ukraine Ioulia Timochenko ont tous les deux appelé hier le Président de la Commission Européenne, José Manuel Barroso, non seulement pour lui souhaiter la bonne année mais aussi pour lui dire qu'il n'était pas question de suspendre les livraisons à l'Europe. Reste à savoir si l'Ukraine tiendra ses engagements. Et il peut y avoir des difficultés techniques. La Russie envoyant moins de gaz, la pression dans les tuyaux pourrait donc ne pas être suffisante pour aller jusqu'à l'ouest de l'Europe Pourquoi cette guerre du gaz entre Moscou et Kiev? Pour au moins trois raisons. Il y a d'abord une cause historique. Quand l'Ukraine a quitté l'URSS au début des années 90, provoquant sa disparition, la Russie lui a livré du gaz à prix d'ami. La tension est ensuite devenue économique. La Russie étant de moins en moins amie avec l'Ukraine, elle veut remonter ses tarifs. Alors que l'Ukraine voulait négocier + 10%, elle entendait imposer +40%. Ca peut paraître beaucoup, mais les Ukrainiens paieraient encore le gaz russe moitié moins cher que nous. A cette bagarre s'ajoute un conflit sur des impayés, que la compagnie ukrainienne Naftogaz a remboursés au début de la semaine, mais sans verser les pénalités réclamées par le russe Gazprom. Enfin, la troisième raison de la bataille est politique, comme souvent dans les histoires de gaz ou de pétrole. Bisbilles d'abord en Ukraine entre le Premier Ministre et le Président, ce qui ne facilite pas les discussions. Bisbilles ensuite et surtout entre les deux pays. L'Ukraine veut entrer dans l'OTAN. Elle a soutenu la Géorgie lors de ses combats avec la Russie en août dernier. Moscou veut aussi lui faire payer ce qu'elle considère comme des affronts. La France et les autres pays européens peuvent-ils s'affranchir de ce conflit? Le gaz est une énergie relativement propre et abondante: nous en aurons donc besoin, y compris venant de Russie. Pour le faire venir, il n'y a que deux moyens. Le premier, c'est la tuyauterie. Un gazoduc est ainsi en construction entre la Russie et l'Allemagne via la mer Baltique. Le deuxième, c’est le transport en bâteau. Ca réclame de gros investissements, car il faut des installations pour comprimer le gaz et ainsi le rendre liquide afin de le transporter avec des navires méthaniers. Cet effort financier est d’ailleurs l’une des meilleures justifications de la fusion entre Suez et GDF. Et quand ces équipements seront suffisamment développés, toute la géopolitique mondiale de l’énergie en sera chamboulée.

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