Pour ce début d’année, une question très simple : peut-on deviner quel sera l’événement économique le plus important de 2012 ?

On peut penser à l’évolution de la conjoncture ; à la poussée croissante de l’Asie ; ou bien sûr à l’élection présidentielle du printemps ; mais j’ai quand même envie de dire : la situation de l’euro. 2012, c’est la troisième année de crise et chacun sent que c’est cette année que l’on basculera d’un côté ou de l’autre : avec l’euro ou sans l’euro. L’enjeu est économique, il est politique, il est encore plus historique, le rôle que veut jouer l’Europe au XXIème siècle ; Sous cet angle, ce qui se passera sur l’euro est plus important que la présidentielle. Soyons franc, que la gauche ou la droite l’emporte, on ne passera pas de l’ombre à la lumière ou inversement, de la lumière à l’ombre ; en revanche, l’avenir de l’euro est décisif.

Comment son avenir se dessine-t-il en ce début 2012 ?

Gris ! Jacques Attali, qui craignait sa disparition avant Noël, a été démenti. Aujourd’hui, le risque est moins celui d’une déflagration que d’un délitement. On voit bien les trois erreurs faites depuis dix ans. Un : il y aurait dû avoir un bref mais vrai contrôle des prix au moment du basculement pour éviter la flambée des prix des produits de consommation courante. On aurait évité que l’euro soit associé à l’idée d’inflation. Deuxième erreur, connue : l’absence de coordination des politiques économiques, chaque pays profitant sans contrainte des avantages de l’euro (taux d’intérêt bas, échanges facilités). Troisième erreur : la sous-estimation constante, depuis 2010, de la défiance des investisseurs et une réponse à chaque fois par trop petits pas. Cela bouge mais lentement.

Le début de l’année sera donc tendu ?

Probablement, parce que jusqu’en mars, les Etats, notamment l’Italie, doivent emprunter beaucoup d’argent. On verra très vite l’état d’esprit des marchés. Ce qui était frappant aussi avant la pause de fin d’année était l’état d’épuisement physique et psychique des acteurs de ce dossier, des responsables politiques, de leurs équipes, partout en Europe. Ils ont l’impression d’avoir appuyé sur beaucoup de boutons sans résultat. Espérons que : nouvelle année, nouvelles énergies...

Un pronostic quand même ?

Franchement, c’est difficile à dire : la raison incite à l’optimisme, mais les pessimistes évoquent 1914, quand une étincelle lointaine, l’assassinat d’un archi-duc à Sarajevo, a suffi pour que tout dérape. Là, il ne s’agit pas de guerre, il s’agit d’économie, mais d’Histoire aussi. Les optimistes écouteront le rappel souriant du philosophe Michel Serres vendredi matin au micro de Bruno Duvic : quand Jules Verne a écrit Vingt mille lieues sous les mers, la lieue avait été officiellement remplacée par le kilomètre depuis plus de 30 ans ; il faut du temps à l’euro pour s’imposer ! Mais en 2012, oui, notre avenir dépendra plus de celui de l’euro que de la présidentielle.

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