L’édito éco de Dominique Seux, du quotidien « Les Echos ». __ En juin, les ventes de voitures ont grimpé d’un peu plus de 7% en France. C’est une divine surprise, les constructeurs automobiles n’en espéraient pas tant. Mais en réalité, c’est un autre chiffre qu’ils retiennent : la stabilité du marché automobile français sur les six premiers mois de l’année. Les ventes de véhicules particuliers ont augmenté de 0,2% par rapport à il y a un an. Dans le contexte de crise que traverse le secteur, cette stabilité est bien accueillie. Dans la plupart des pays européens, les marchés ont reculé, parfois lourdement. L’explication est simple : les promotions en tous genres ont donné de l’appétit aux clients, avec bien sûr la prime à la casse de 1.000 euros, liée à l’achat d’un véhicule peu polluant. La semaine dernière, le cap des 200.000 voitures vendues avec cette prime a été passé. Avec, d’ailleurs et si on ajoute les effets du bonus-malus, le résultat que la France est le pays où le parc des voitures plus propres progresse le plus vite. Mais ces bonnes nouvelles sont en partie en trompe l’œil. D’abord, il y a le fait que les contribuables n’ont peut-être pas envie de soutenir indéfiniment le secteur automobile en payant la prime à la casse. Et puis, il y a un autre point : les constructeurs français vendent en France, mais pas assez ailleurs. Parce que d’autres marchés sont sinistrés, mais aussi parce que Renault et PSA n’ont pas en ce moment de modèle phare, de “ must ” qui s’impose partout. En France, c’est assez drôle, les voitures françaises qui marchent le mieux sont les Citroën et les Logan, les marques associées à nos deux champions. La conséquence est que les usines françaises tournent à 50% de leurs capacités. Au total, indique une étude de la société d’assurance-crédit Euler Sfac, la filière automobile française pourrait supprimer 20 à 30.000 emplois cette année. Y a-t-il des solutions ? Oui, c’est d’inventer la voiture innovante de demain. En dehors de ça, il y en a deux à court terme. La première, la plus tentante, c’est de continuer à doper le marché français en prolongeant la prime à la casse, le gouvernement y pense au-delà de décembre. Mais cela ne peut durer éternellement. La seconde est d’adapter l’outil de production. Mais c’est très difficile, parce que cela coûte cher, humainement, socialement, financièrement, de fermer des usines. Dans toute l’Europe, les surcapacités étaient évaluées à 20% avant la crise, elles sont aujourd’hui de 40%. C’est un dilemme. Le problème, si rien n’est fait, est que Renault et PSA vont être sur une mauvaise pente. Cette année, ils vont perdre de l’argent, à l’inverse de Volkswagen ou de Fiat. Pour l’instant, tout le monde préfère le chômage partiel, mais cela pourra-t-il durer ? Ce sont des choix difficiles. Il faut espérer sincèrement que les choses aillent mieux. Mais, c’est simple, il y a l’exemple américain, les Etats-Unis ont mis en faillite General Motors et Chrysler, qui, sous la bénédiction de Barack Obama, ferment à tour de bras des usines. Personne ne peut souhaiter cela mais attention à ce qu’ils ne sortent pas plus forts. A l’opposé, il y a la réorganisation menée par Michelin, qui assume, socialement, médiatiquement, la nécessité de repenser son outil de production et reste un des tous premiers mondiaux. Sans faux-semblant et faux–fuyant.

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