Valls attaque !

Oui, le Premier ministre a remporté une victoire hier à l’Assemblée nationale avec l’adoption du projet de budget rectificatif – les frondeurs n’ont finalement pas « frondé » (un mot nouveau !). Et dans une interview aux Echos ce matin, il enfonce le clou. Il confirme son intention de ne pas s’arrêter en chemin sur les réformes et que sa priorité, c’est le rétablissement de la confiance des entreprises. Je vous donne quelques expressions qui résument son état d’esprit. « Tenir le cap et agir » ; « je veux une gauche qui réforme » ; « mon obsession, c’est le mouvement » ; la priorité, « c’est de sortir la France de ses blocages » ; « nos difficultés viennent avant tout d’un manque de compétitivité des entreprises » ; « sans entreprises, pas de production de richesses ». On arrête là, mais on voit un Manuel Valls qui n’entend pas gérer les trois ans qui restent d’ici 2017 calé dans son fauteuil de Matignon. Certains mauvais esprits diront que tous ces mots pourraient être dits par un Premier ministre de droite ! En réalité, ils le sont (dits) par quelqu’un qui voit bien que la menace, c’est une France bloquée par une thrombose politique et économique. Voilà pour les mots.

Oui, il y a les mots, mais il faut surtout voir les actes – c’est souvent l’écart entre les deux qui caractérise les responsables politiques !

Vous avez raison. Valls arrive avec quelques « biscuits » pour calmer le jeu avec les entreprises dont les représentants ont publié dimanche un manifeste. 1 - La pénibilité. Le dispositif qui doit permettre à des salariés du BTP ou de la distribution de partir plus tôt en retraite est en partie décalé de 2015 à 2016. 2 - Le premier ministre décrit précisément le calendrier des baisses de prélèvements pour les entreprises d’ici 2017 – c’est que voulait le patronat. 3 - il exprime son désaccord sur le vote des deux relèvements de la taxe de séjour payée dans les hôtels par les touristes. 4 - il assure que la réforme territoriale sera faite, en dépit de l’obstruction du Sénat qui creuse sa tombe dans l’opinion (ça, c’est moi qui le dit). Ce n’est pas tout.

Non, ce n’est pas tout, parce qu’il met sur la table d’autres sujets.

Manuel Valls demande au patronat et aux syndicats de discuter de deux sujets très symboliques (au sens de lourd symboliquement, pas au sens de léger) : une simplification du code du travail et une révision de ce que l’on appelle les effets des seuils sociaux – qui changent les obligations des entreprises à partir de 10, 20 ou 50 salariés. Il confirme aussi une loi sur la croissance à l’automne, sans donner le contenu mais il y a l’idée de faire évoluer les professions réglementées.

Mais tout cela est-il crédible ?

C’est la bonne question ! Souvenons de Jean-Marc Ayrault qui avait annoncé fin 2013 une grande réforme fiscale qui a fait pschitt. Les professions réglementées – notaires, architectes etc. – on en parle depuis 1959... Quand à des discussions sur le droit du travail entre patronat et syndicats, on sait que cela débouchera sur rien. Donc, Valls attaque – oui. Mais Valls est loin d’avoir gagné.

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