La nouvelle limitation de vitesse sur les routes françaises et notre devoir d’expérimentation.

Oui, nous l’avons tous entendu, mais nous n’avons peut-être pas pris conscience de la portée de l’engagement. Le Premier ministre, Edouard Philippe, s’est engagé à abandonner, dans deux ans, le passage aux 80 km/h sur les routes secondaires si la mesure appliquée depuis hier se révélait inefficace d'ici à 2020. Donc, il s’est engagé, dans ce cas, à revenir à la vitesse maximale à 90 km/h. 

Bon, c’est évidemment une façon de faire passer la pilule aux automobilistes et de montrer sa confiance dans sa mesure. Il a d’ailleurs raison d’être confiant : la baisse de 10 km/h sur ces routes va diminuer le nombre de victimes, on ne voit pas comment il en serait autrement – et c’est une bonne décision qui sauvera des vies. 

Mais le plus intéressant est que pour la première fois à une aussi grande échelle, l’Etat dit : je n’ai pas la science infuse, je peux me tromper et donc je reviendrai en arrière si c’est le cas. C’est totalement inhabituel et en réalité, c’est une excellente méthode qui mériterait d’être étendue à bien d’autres domaines : en matière fiscale, en matière sociale, en matière éducative, l’Etat aurait intérêt à expérimenter davantage ses réformes avant de les généraliser, avant de les rendre définitives pour l’éternité. Cette idée commence à gagner du chemin – on pense à ce qui est tenté dans les "Territoires zéro chômeur" –, mais on est loin du compte.

Qu’est-ce qui empêche de faire cela ?

D’abord, l’absence de modestie des responsables politiques, qui se croient omniscients. Et pourtant ! Si les 35 heures, en 2000, avaient été testées pendant cinq ou dix ans, pour voir si cela marche, cela aurait plus sage ; plus récemment, imaginons que la suppression de l’ISF ait été décidée par Macron à titre expérimental pendant cinq ans, on en mesurerait les effets calmement. 

Ensuite, le problème est qu’en France, une mesure doit s’appliquer à tout le monde, partout, pour ne pas créer de disparités géographiques ou catégorielles. C’est la fameuse égalité devant la loi. En réalité, l’expérimentation est une façon moderne de gouverner, d’être pour l’Etat, disons le mot : humble. Conclusion : sur le 80 km/h, rendez-vous dans deux ans et d’ici là on le respecte.

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