La nouvelle génération de téléphonie mobile économiserait de l'énergie par elle-même. Mais des nouveaux tuyaux créent de nouveaux usages et nécessitent de nouveaux téléphones : du coup, le bilan climatique global n'est pas bon. Sauf si on débranche les normes anciennes (2G, 3G).

C’est Julien Bayou, secrétaire national d’Europe Ecologie Les Verts, qui l’a assuré : la 5G (qui succède à la 4G) consommera « énormément d’énergie », ce n’est pas bon pour le climat, et c’est une des raisons pour lesquelles il faut un moratoire dans son déploiement - (ce que proposent un certain nombre de nouveaux maires Verts dans les grandes villes ainsi que ... Martin Bouygues (mais pour d'autres raisons). 

C’est un discours souvent entendu, mais est-ce vrai ? Oui, c’est vrai. Mais c’est aussi un raccourci, et les raccourcis -on le sait- envoient parfois dans le décor. 

On va commencer par défricher l’aspect technique des choses, avant d’aborder la question philosophique. Comme beaucoup de scientifiques écoutent Inter, on va être prudent. Mais précis (NB : une table-ronde a eu lieu au Sénat ce mercredi sur le sujet, l'Arcep a publié une note en 2019 ainsi que The Shift Project de Jean-Marc Jancovici). 

L’efficacité énergétique de la nouvelle génération mobile 5G est a priori meilleure que celle de la 4G : par bit transporté, à trafic constant, on devrait consommer moins

Notamment parce que l’efficacité spectrale de chaque antenne est meilleure. Donc Julien Bayou a tort. 

Sauf que l’arrivée de la 5G va augmenter le trafic parce que les tuyaux disponibles créent des usages nouveaux (vidéos, jeux, réseaux sociaux, Internet des objets, demain la télé-chirurgie etc.) et du coup le trafic global va augmenter. Donc, Julien Bayou a raison, surtout si on va tous changer de portable. 

Sauf que jusqu’à présent les sauts techniques se sont accompagnés d’économies d’énergies ; que certains usages de la 5G (télétravail une fois les ressources de la 4G épuisées) vont faire faire des économies d'énergies sur les transports ; et qu’il y a un moyen facile d’améliorer radicalement le bilan énergétique global : arrêter d’empiler les réseaux et supprimer la 2G et la 3G une fois que tout le monde et tout le pays seront montés en gamme.

Mais ne pas faire la 5G : c’est l’autre solution radicale

C’est là que nous sommes renvoyés à une question philosophique, celle du progrès

Les Verts voient dans la 5G le moyen de poser sur la table un argument massue : cette fois-ci, le soi-disant progrès ne résout pas les problèmes, il les aggrave. Entre un danger connu (le réchauffement) et les bénéfices pas totalement connus de la 5G, il n’y a pas à barguigner : c’est non. Voilà un argument très lourd. Vraiment.

Sauf que … la consommation d’énergie dont on parle, c’est certes celle nécessaire à la fabrication des téléphones en Chine, mais ici en France 24 heures sur 24 c’est de la consommation d’électricité largement décarbonnée – donc avec un impact zéro sur le climat. 

Voilà comment le combat anti-5G est en réalité la suite du combat anti-nucléaire et de la croyance que la production d’électricité a atteint son plafond alors ... qu’il y a des milliers d’éoliennes offshore à construire.

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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