Quelques jours après le Parlement allemand, les députés français ont adopté hier le plan de sauvetage de l’euro... Mais tout n’est pas réglé, Dominique.Le vote de l’Assemblée, obtenu par 462 voix, constitue un pas important puisque la France apporte une garantie de 111 milliards d’euros au Fonds de sauvegarde européen qui aidera – si besoin – les pays en difficulté. Cette étape, après des votes dans les autres pays de la zone euro, devrait rassurer les marchés. Or ce n’est pas le cas parce que plusieurs difficultés sont encore là. La première d’entre elles est que, vote ou pas vote, le mécanisme précis, détaillé, complet, de fonctionnement du Fonds de stabilisation de 750 milliards décidé solennellement par les chefs d’Etat le 9 mai n’est pas encore au point presque un mois après. L’Allemagne refuse que ce Fonds émette des titres au nom de l’Europe, elle souhaite que chaque pays le fasse à ses propres conditions pour ne pas mettre le pied dans un engrenage de fédéralisme. Cela a l’air technique, c’est très politique. Et il y a aussi des frictions franco-allemandes…En tous cas, il y a des interrogations, des débats, sur la politique économique à conduire dans la période qui s’ouvre –Et la France se retrouve le porte-parole de beaucoup de pays. De quoi s’agit-il ? Ces tous derniers jours, le gouvernement d’Angela Merkel a indiqué que non seulement il renonçait à baisser les impôts comme prévu mais qu’il allait les augmenter pour réduire les déficits publics. On parle de la TVA. C’est un tollé parce que, en dehors de la baisse de l’euro, le seul moteur de la croissance européenne (et on sait que nous aurons le bonnet d’âne mondial de la croissance cette année) est l’Allemagne et un tour de vis fiscal va faire caler la consommation allemande. Gare à la déflation, entend-on : d’accord pour l’austérité en Irlande, en Grèce et en Espagne, qui ont joué avec le feu, mais pas dans la vertueuse Allemagne ! Le problème est que les cigales ayant chanté pendant des années sont mal placées pour donner des leçons à la fourmi industrieuse. Et il y a encore une autre tension…Oui, qui ne met pas en cause les gouvernements français et allemand mais des Français et des Allemands, et qui ressuscite des vieilles suspicions. Cette tension est interne à la Banque centrale européenne. Jean-Claude Trichet, son président français, est accusé par son successeur putatif, l’Allemand Axel Weber –ancien patron de la Bundesbank – de brader les valeurs de la BCE, l’indépendance et la lutte contre l’inflation, en rachetant des titres grecs ou espagnols. Axel Weber, dont la nomination à la tête de la BCE ne constituerait pas une bonne nouvelle, a même accusé Jean-Claude Trichet de favoriser les banques françaises. On le voit, l’ambiance n’est pas au beau fixe et cela a suffi hier pour que les taux des obligations remontent. Tout ça ne donne pas à l’extérieur l’image d’une Europe unie, soudée…Effectivement. Même les symboles parlent. C’est Valéry Giscard d’Estaing qui en faisait la remarque frappée au coin du bon sens hier soir lors d’une rencontre franco-allemande à l’ambassade d’Allemagne à Paris : il est extraordinaire que Tim Geithner, le secrétaire au Trésor américain, soit venu faire la tournée des capitales européennes la semaine dernière sans être reçu par les Européens ensemble. L’Europe n'a pas, on le sait, de numéro de telephone mais ce n'est pas surprenant puisqu'elle n'a toujours pas de ligne commune !

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