Vous commentez ce matin les 10 milliards de dollars d’amende qu’encourt la banque française BNP-Paribas qui est poursuivie par la justice américaine.

Oui, et le chroniqueur est confronté à une difficulté : comment critiquer les Etats-Unis dans cette affaire, dire qu’ils vont trop loin (comment le dire) sans être immédiatement accusé de chauvinisme ou de défendre une grande banque – ce qui est en France toujours suspect ? Et pourtant, on va le faire, en toute liberté je vous l’assure, en espérant convaincre avec des arguments ! Quels sont les faits ? BNP est accusée d’avoir violé l’embargo américain contre l’Iran, le Soudan et Cuba en ayant financé des opérations commerciales avec ces pays. La banque n’est pas poursuivie pour les opérations elles-mêmes puisque l’embargo décidé par Washington concerne seulement les entreprises américaines, pas européennes. Mais la BNP l’est (poursuivie), parce que les transactions ont été libellées en dollars, la monnaie des Etats-Unis, et qu’elles sont passées par un jeu d’écriture par sa filiale américaine ! Et c’est comme cela que la justice réclame plus de 7 milliards d’euros, veut des sanctions pénales et que la BNP pourrait se voir privée de dollars.

Et pourquoi est-ce que cela vous surprend – ou choque peut-être ?

Ce qui surprend - au minimum -, c’est la disproportion entre l’accusation et la sanction. Qu’il y ait une sanction, passe encore s’il y a faute. Mais le montant de l’amende et, surtout la menace d’une interdiction d’exercer en dollar est abracadabrantesque. BNP est la 1ère ou 2ème banque européenne, la 8ème mondiale, une telle interdiction aurait des conséquences sur l’ensemble du système bancaire mondial. Sur le fond, c’est l’application par les Etats-Unis d’une justice extraterritoriale, d’un impérialisme du billet vert. C’est comme si les Américains avaient un droit de regard sur tout ce qui se dit en américain dans le monde parce que c’est leur langue ! Tout cela s’inscrit dans la nouvelle vigueur du discours américain à l’égard des banques – et là il n’y a rien à redire – mais à condition de savoir pourquoi : poursuivre les responsables de la crise économique la pire depuis les années 30, pourquoi pas ; attaquer celles qui cachent des comptes en Suisse, très bien ; l’opinion réclame des sanctions et a raison. Mais risquer de fragiliser avec des montants exorbitants et des poursuites pénales une très grande banque européenne dans cette affaire-là alors que les banques américaines n’ont pas été punies au pénal pour la crise des sub-primes, cela semble extravagant.

Au-delà du cas précis, cette affaire inspire deux réflexions.

Un : si les transactions de BNP avaient été effectuées en euros, il n’y aurait eu aucun problème. Voilà un bel argument en faveur de l’euro, un euro qui devienne aussi puissant que le dollar au plan international. Deux : les Américains n’hésitent pas à se montrer très durs vis-à-vis des entreprises étrangères y compris les plus puissantes. Cela devrait encourager l’Europe à être ferme quand c’est nécessaire et justifié vis-à-vis des géants américains par exemple du numérique – chacun connaît leurs noms !

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