Vous commentez les mauvais chiffres du chômage annoncés hier soir.

Oui, avec une vraie interrogation. Pourquoi, face à ces chiffres, le gouvernement ne se montre-t-il pas plus énergique ? Plus énergique pour proposer des idées nouvelles ? Plus énergique pour bousculer les acteurs sociaux qui ont défilé toute la journée d’hier tranquillement à Matignon ? Depuis mai 2012, donc trois ans, la France compte 641 000 demandeurs d’emploi supplémentaires dans la catégorie la plus officielle (la catégorie A). Plus étonnant encore, en rythme annuel, la situation s’est relativement davantage dégradée que sous le quinquennat Sarkozy alors qu’il n’y a pas eu de crise financière mondiale. J’avoue avoir du mal à comprendre. Sans être cruels, rappelons que sur le même mois d’avril, le nombre de sans emploi a reculé en Allemagne et que le taux de chômage y est resté à 6,4%, niveau le plus bas depuis la réunification du pays en 1990. Et ne parlons pas du Royaume-Uni.

Et, donc, selon vous, pourquoi cette attitude du gouvernement ?

Sa première réponse est qu’il ne reste pas inactif. Et même qu’il a fait énormément, avec son pacte de responsabilité et ses enveloppes d’aides aux entreprises. Vrai. Sauf que cela entre petit à petit en vigueur. Il a du coup annoncé hier une batterie d’emplois aidés supplémentaires. Honnêtement, ça sent la panique. Sa seconde réponse est différente et plus articulée. Il faut du temps pour que le retour de la croissance ait un effet sur l’emploi. C’est comme le décollage d’un avion. Il faut qu’il accélère sur la piste avant de s’envoler. Il y a un décalage. La croissance, ici, a été une des meilleures en Europe, le chômage baissera mais plus tard – nous dit-il. Les chefs d’entreprise ont besoin de remplir leurs carnets de commandes avant d’embaucher.

Et vous êtes convaincus par ces explications en défense ?

Le décalage existe. Six, huit mois. On l’a toujours vu. Mais attention, cela suppose d’être certain qu’il n’y a pas, au bout, une déception. Et en attendant, ce qui est stupéfiant est que tous ceux qui sont autour de la table des discussions ne se disent pas : qu’imaginer que l’on n’a pas encore inventé – quitte à bousculer les idées habituelles ? Or de quoi parle-t-on, sur quoi s’écharpe-t-on en France ? De 12 dimanche travaillés ou pas, du niveau des indemnités accordées aux prud’hommes, du nombre d’instances du personnel dans les entreprises. Beaucoup de bruit pour des petites choses. A deux ans de 2017, l’exécutif, obnubilé par le rassemblement de la gauche, a désormais la trouille des réformes. Ou bien, il préfère la retenue à la source de l’impôt sur le revenu, qui n’apporte rien sur l’emploi. Et la droite n’a rien à dire, sur l’emploi, elle a fait la même chose. La meilleure solution serait d’imiter Merkel fin 2008 : elle a enfermé patronat, syndicats et ministre du Travail jusqu’à ce qu’ils trouvent des solutions sérieuses. Au pain sec et à l’eau (ça, je ne sais pas). Une sorte de Koh Lanta du social.

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