Il y a ces jours-ci un bras de fer entre le gouvernement et la direction de la SNCF. De quoi s'agit-il?

C'est le fait que la négociation sociale à la SNCF est devenue l'otage du conflit autour de la loi Travail. Et on peut penser que l’État se comporte mal vis-à-vis de cette entreprise et vis-à-vis de son patron, Guillaume Pépy. De quoi parle-t-on ? Depuis des mois, la direction de la SNCF a des discussions avec les syndicats sur l'organisation du travail des cheminots. Dans la mesure où l'entreprise perd du terrain face à BlaBlaCar, où la situation financière est mauvaise, où les conditions de travail sont très avantageuses, l'objectif était de réaliser des économies. Pas beaucoup, un peu. Mais voilà que pour limiter les grèves en pleine crise sociale, le gouvernement a ordonné à la SNCF de jeter sa copie à la poubelle. Guillaume Pépy, dit-on, a failli démissionner. Sur le site change.org, des salariés, des cadres, ont lancé une pétition contre cette décision qui (je cite) sacrifie l'équilibre économique durable de l'entreprise sur l'autel de la paix sociale à court terme.

Quelle est la lecture du gouvernement ?

Elle est différente et a été résumée lundi matin ici même par Alain Vidalies. L’État actionnaire est le patron. A l'Elysée, on explique que le contexte compte autant que le texte, en clair le climat social général est plus important que le texte que voulait proposer Pépy, texte qui de toutes façon était trop lourd. Manuel Valls a, lui, une analyse politique et cynique : quand il y a des grèves à la SNCF, c'est le gouvernement qui en subit les dommages politiques; il est normal que cela fonctionne aussi dans l'autre sens et que la SNCF aide le gouvernement quand il a des problèmes.

Que peut-on en penser ?

Le gouvernement glisse partout que Pépy n'est pas irremplaçable et que s'il veut partir, libre à lui. Quel gâchis! L'Etat pourrait quand même dans quelques mois alléger un peu, par un autre biais, la dette de la SNCF. Mais dans ce cas, ce sont les contribuables qui paieront pour les salariés de la SNCF. L'histoire se répète. En 1995 les syndicats de l'entreprise avaient sauvé leurs régimes de retraites face à Juppé ; en 2010, ils avaient obtenu des contreparties salariales importantes face à Sarkozy. En 2016, ils resteront sans doute les seuls gagnants de la bataille contre la loi El Khomri, au nez à la barbe de tous les autres salariés. Ils sont trop forts.

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.