Dominique Seux commente le retrait des Etats-Unis de l’Accord dit de Paris sur le climat.

Oui, et la tentation est forte de dire que les conséquences concrètes et immédiates de cette décision sont faibles, ne serait-ce que parce que le retrait officiel ne sera effectif qu’en 2020. Ou parce que plusieurs Etats clés des Etats-Unis (comme la Californie), des grandes villes (comme New-York ou Pittsburgh), ont annoncé dès hier leur volonté de respecter, pour leur part, les engagements pris. En réalité, ce n’est pas si symbolique que cela -au-delà de l’effet désastreux sur la réputation mondiale de Washington- parce que Donald Trump a agi sous la pression de deux lobbys extrêmement puissants aux Etats-Unis, ceux du charbon et de l’industrie automobile et qu’il a déjà pris des mesures qui leur sont très favorables. La Maison-Blanche a déjà abrogé une dizaine de lois pour aider l’industrie charbonnière, par exemple ses rejets dans les cours d’eau ne sont plus sanctionnés. Les constructeurs automobiles, eux, sont assurés de ne plus devoir réduire leurs émissions polluantes autant que prévu.

Donald Trump commet un contre-sens économique total...

Oui, parce que, pour ne prendre qu’une illustration, il y a aujourd’hui plus d’emplois dans l’industrie du solaire aux Etats-Unis que dans le charbon. En évoquant le «beau charbon propre», Trump a prononcé des mots ahurissants. Le contresens est que les pétroliers américains, qui produisent eux aussi des industries fossiles, défendent l’Accord de Paris. Ils y voyaient l’occasion de pousser le gaz naturel, deux fois moins polluant que le charbon et moins onéreux que le pétrole. En France, Total aussi bascule du pétrole vers le gaz. Engie arrête le charbon partout dans le monde et c’est un bon calcul économique. Bref, Donald Trump prend une décision en décalage avec le déclin historique du charbon, trop cher par rapport au gaz (de schiste ou pas). En décalage avec ce que pense désormais une part importante des milieux économiques, à l'exception des petites et moyennes entreprises. Et, enfin, parce que la transition énergétique est un facteur de croissance et d’emplois. Au total, un (petit) bien peut-il quand même sortir d'un (grand) mal ? Peut-être. Les entreprises européennes, et notamment françaises, dont les compétences sont connues dans la lutte contre le réchauffement climatique, vont tirer parti de ce retrait américain auprès de leurs clients du monde entier.

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