Par Jean-Marc Vittori.

Le ministre du redressement productif Arnaud Montebourg a bloqué la vente du français Dailymotion à l’américain Yahoo ! Et vous vous demandez ce matin si c’est une bonne décision ?

Non, mais il n’y avait sans doute pas de bonne décision possible sur ce sujet. Alors reprenons l’histoire depuis le début. Dailymotion est une pépite française high-tech créé il y a huit ans, un site internet où chacun peut apporter et surtout regarder des vidéos, le tout étant financé par la pub. Chaque mois, plus de 100 millions d’internautes se connectent. Une belle réussite donc, trop rare en France. L’opérateur télécom Orange a peu à peu acheté Dailymotion, et voulait en revendre les trois quarts au portail américain Yahoo ! Pas question, a tonné Montebourg. Dailymotion doit rester français au moins à 50%. Du coup, l’Américain va aller chercher ailleurs.

Pourquoi n’est-ce pas une décision judicieuse ?

Passons sur le côté juridique. L’Etat est actionnaire de France Télécom Orange, mais seulement à hauteur de 27% ce qui ne lui donne pas le droit de décider ce que l’entreprise doit faire. La vraie question, c’est l’avenir de Dailymotion. En tombant dans l’escarcelle de Yahoo, Dailymotion aurait pu rentrer par la grande porte sur le marché américain, le marché de référence pour Internet. En restant chez Orange qui fait un métier très différent du sien, Dailymotion sera au contraire un confetti de l’empire, condamnée à rester surtout français, sans les moyens de rivaliser avec You Tube qui est dix fois plus gros que lui. Le ministre a certes promis, je le cite, de « créer les conditions optimales du développement de Dailymotion à l’international ». Il veut débloquer des fonds. Mais une entreprise ne prépare pas son avenir seulement à coup de millions. Il lui faut aussi des réseaux, des relais, tout un écosystème qui lui permet de s’épanouir. En France, cet écosystème existe pour l’aéronautique, pas pour Internet. On peut le regretter, mais pas le nier.

Que pouvait faire alors le ministre ?

Justement, pas grand chose. Soit une jeune pousse française, une de plus, est avalée par un géant américain, soit la jeune pousse végète. Ceci dit, on comprend pourquoi l’impétueux Arnaud Montebourg a voulu monter en première ligne sur ce dossier. Depuis un an, il tente en vain d’empêcher des usines de fermer - Florange, Petroplus, PSA ou Goodyear. Il y a de quoi déprimer le plus fougueux des mousquetaires. Là, il tient une jeune pousse, une entreprise qui monte, un succès qu’il veut garder made in France. Alors il fonce. Seul problème : il fonce… dans le mur.

Il n’y a alors aucune solution ?

Il n’y a pas de bonne solution, aujourd’hui, pour Dailymotion. Le moins pire aurait été de voir l’entreprise chez les Américains en en profitant pour tisser des liens et en s’efforçant de préserver de la matière grise en France. Mais il y a des solutions pour les prochaines jeunes pousses françaises. Il n’est pas très porteur de les laisser germer comme Dailymotion, un peu par hasard, entre deux plaques de béton administratif. En revanche, il y a tout à gagner à aménager des jardins pour jeunes pousses, avec des labos autour, des entreprises plus confirmées, des filières comme on dit, même si je n’aime pas beaucoup le mot. Ça, c’est tout à fait possible. Avec un seul bémol, ou plutôt une seule exigence : c’est une politique à dix ans et non à la petite semaine.

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