Nicolas Sarkozy a dévoilé hier sa nouvelle politique de l’emploi à Bobigny, en Seine-Saint-Denis. Sur l’emploi, on avait donc pas « tout essayé » pour paraphraser François Mitterrand ?

Tout n’a pas été essayé, et de toutes façons il est toujours possible aussi de faire du neuf avec du vieux ! Avec ce discours, Nicolas Sarkozy a annoncé des mesures pour les jeunes, les chômeurs de longue durée ou les contrats aidés. Mais son intérêt est surtout que l’on voit bien que s’ouvre la troisième phase du quinquennat sur l’emploi. Phase où se télescopent l’envie de faire du chiffre, de peser sur la courbe du chômage, et l’envie de faire une réforme qui reste. La première phase est celle qui s’est déroulée entre mai 2007 et l’été 2008. Le ciel était dégagé, le plein emploi au bout du chemin et c’est donc la tendance libérale qui avait le dessus. L’emploi était d’ailleurs rattaché au ministère de l’économie. On parlait surtout des droits et des devoirs des chômeurs. Et puis, voilà, est arrivée la violence de la crise. Du coup, virage sur l’aile. Les emplois aidés ont été boostés : il s’en est conclu 500.000 l’an dernier, record depuis dix ans.

Et donc, il y a une troisième phase. Laquelle ? Nicolas Sarkozy et le ministre des Affaires sociales Xavier Bertrand, essaient de composer une mixture alliant les outils ultra classiques du traitement social du chômage et un zeste d’innovation. Le classique, ce sont toujours des contrats aidés dans le secteur privé ou public, les associations, les collectivités etc. C’est un cache-misère, mais c’est utile : cela permet d’agir vite. Et puis, il y a le fond, et le fond, c’est une réforme de l’apprentissage. Cela a l’air d’un sujet « techno », en fait c’est important. La plupart des études concluent que le développement de l’alternance -le partage du temps entre des périodes de formation et d’emploi– est un atout pour faire entrer les jeunes sur le marché du travail. L’Allemagne a 1,6 million d’apprentis, la France 600.000. L’idée est de muscler le dispositif, en passant à 800.000 en 2015.

Y compris en contraignant les entreprises ? C’est la nouveauté. Aujourd’hui, la loi impose aux entreprises de plus de 250 salariés d’employer 3% de jeunes en alternance, du niveau BEP-CAP jusqu’aux grandes écoles. Dans la réalité, le taux tourne autour de la moitié. La réforme va le remonter à 4% mais surtout créer un bonus-malus. Si elles n’ont pas assez d’apprentis, elles paieront un malus. Si elles font mieux que la loi, elles y gagneront. Le Medef grince les dents, mais pas trop parce que la mesure est populaire, et qu’il ne peut pas vanter tous les jours le modèle allemand et tacler ce qui en rapproche. Reste à voir si le dispositif sera efficace : on sait par exemple que les entreprises préfèrent payer des amendes plutôt que respecter les obligations légales sur l’emploi des handicapés.

Pour Nicolas Sarkozy, c’est une réforme importante ? Il aimerait. Son bilan, pour l’instant, sur le chômage, est qu’il a moins augmenté qu’ailleurs. C’est vrai, mais ce n’est pas très « vendeur ». La grande réforme devait être la création de Pôle emploi, la fusion de l’ANPE et des Assedic. Le succès ne saute pas aux yeux. L’apprentissage, ce n’est pas « sexy », mais le chômage des jeunes concerne tout le monde.

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