Ce lundi, le montant des amendes dues par les passagers sans billet dans les trains augmente sensiblement. Cette guerre à la tricherie déclarée par la SNCF invite à une réflexion plus générale sur notre nouveau rapport à la fraude.

Oui. Une réflexion dont la conclusion est celle-ci : notre société, dans tous les domaines, tolère beaucoup moins la fraude qu’auparavant, et même en fait ne l’accepte plus ; Si on ajoute le fait que les moyens techniques pour lutter contre cette fraude progressent spectaculairement, on peut s’attendre à ce que des milliards, des dizaines de milliards, d’euros affluent dans les caisses publiques et privées. L’exemple de la SNCF est intéressant. Il y a dix jours, l’entreprise a annoncé toute une batterie de mesures, en indiquant que la fraude lui faisait perdre 300 millions d’euros par an – soit 10 rames de TGV par an . Samedi -avant-hier- , Guillaume Pépy, invité de l’émission On n’arrête pas l’éco sur Inter en partenariat avec ITélé et Les Echos, a apporté une précision. Dans les trains qui ne sont pas les TGV, au moins 10% des passagers voyageraient sans billet. Et on estime à plus de 100.000 le nombre de personnes qui fraudent très régulièrement. C’est beaucoup. Mais ce qui a frappé les dirigeants de la SNCF, ce sont les réactions publiques et médiatiques à l’annonce des mesures. Aucune voix ne s’est elévée pour dire : ceux qui n’ont pas de billet sont des victimes, c’est le manque d’argent, leurs conditions sociales, qui les y obligent. Le ministère de l’Intérieur assume lui aussi une tolérance zéro : il va aider la SNCF à récupérer les amendes impayées puisque l’on sait que seulement 10% de celles-ci sont recouvrées aujourd’hui - ce qui rend la sanction non crédible.

En réalité, ce nouveau climat anti-fraude se généralise.

Et c’est tant mieux bien sûr. La SNCF, c’est un symptôme. Mais plus généralement on n’a jamais autant parlé de lutte contre la fraude -et c’est logique quand l’argent manque. La lutte contre l’évasion fiscale fait la Une des médias, le combat contre la fraude sociale (aux Urassaf) et fiscale devient très populaire. Ceux qui ont des comptes non déclarés à l’étranger, les entreprises qui ne paient pas leurs impôts, celles qui abusent de l’optimisation fiscale en jonglant entre les fiscalités de différents pays : le climat a changé. Aux Etats-Unis, en Europe et en France. Et ce qui est nouveau est que les moyens techniques sont cette fois du côté de ceux qui pourchassent les tricheurs. Pendant quinze ans, c’est le fraudeur qui avait de l’avance. Aujourd’hui, il y a les lanceurs d’alerte comme Hervé Falciani, l’ancien informaticien de HSBC à l’origine du Swissleaks. Mais pour la fraude ordinaire, il y a aussi le data mining . Le croisement des fichiers, les recoupements informatiques, les algorithmes qui répèrent les comportements anormaux, qui retrouvent des adresses (pour la SNCF). Nous n’en sommes qu’au début et cela va changer beaucoup de choses. Les gendarmes reprennent la main.

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