Vous commentez ce matin le classement annuel des milliardaires publié par le magazine américain Forbes . Honnêtement, on s’en moque un peu, non ?

Non, pas du tout ! Bien sûr, la planète des milliardaires, c'est pour nous un monde aussi lointain que les galaxies que nous laissent deviner les ondes gravitationnelles -c’est vraiment loin. Mais ce classement annuel est toujours à regarder parce qu’il dit plusieurs choses sur la façon dont fonctionne l’économie. Le plus intéressant ne se trouve pas dans le communiqué officiel qui nous apprend que le nombre de milliardaires (en dollars) est en baisse cette année: la planète en compte 1.810 exactement. Bon, la baisse est si légère qu'on s'en moque. Mais au-delà, ce classement est à la fois logique et inquiétant. Logique, d'abord. La carte des milliardaires colle parfaitement au développement économique, à la place sur l’échiquier mondial de la puissance économique. C'est curieux, troublant. Les Etats-Unis en affichent le plus (540), avec Bill Gates toujours en tête, suivis de la Chine continentale (250), déjà, puis l’Allemagne (120). Ensuite, il y a la Russie, Hong Kong, le Royaume-Uni et l’Italie. Notons que la France arrive derrière (avec 39 - Liliane Bettencourt en tête. Bref, la France, 6ème puissance économique, est 9ème au classement des milliardaires. On peut se réjouir ou regretter de cette corrélation, elle est en tous cas là.

Mais vous avez dit aussi que ce classement est inquiétant.

Ces milliardaires n’ont pas volé leur argent, ce sont dans la majeure partie des cas des créateurs et leurs actifs sont en Bourse où ils peuvent disparaître du jour au lendemain, pas sous un matelas. Personne n'accuse par exemple la 6ème fortune mondiale, le patron de Facebook, Mark Zuckerberg, 45 milliards au compteur, qui a seulement … 31 ans ! Mais nous arrivons à un moment où la hausse des écarts de richesse n'est plus supportable aux yeux des populations pour une raison simple : ces écarts sont économiquement et politiquement admis si et seulement si les plus pauvres voient leurs revenus augmenter aussi. C'est encore le cas en Chine, au Mexique etc. Mais depuis quinze ans, ce n’est plus le cas aux Etats-Unis, le temple de l’économie de marché. C'est donc là que le retour de bâton aura lieu – on peut en prendre le pari.

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