La réforme des retraites est à peine votée. Mais le patronat et les syndicats commencent déjà à réfléchir à la façon dont ils vont adapter les régimes complémentaires de retraite à la nouvelle donne.

On n’a pas fini de parler des retraites ! La réforme Sarkozy n’est pas encore promulguée, il faudra pour cela que le Conseil constitutionnel se prononce. Une journée de manifestations est encore prévue samedi, sans doute la dernière, avant –comme disent par euphémisme les syndicats d’«autres formes d’actions». Mais déjà, effectivement, le patronat et ces syndicats sont obligés de penser à l’étape suivante, l’adaptation des régimes complémentaires de retraite du secteur privé. En clair, l’Arrco, qui concerne tous les salariés, et l’Agirc, qui concerne les cadres. Ces régimes sont très importants puisqu’ils apportent (on l’a un peu oublié ces derniers temps) 55 % de la retraite totale des cadres et 35 % de celle des non-cadres. Et des décisions assez urgentes doivent être prises, à tel point que des pourparlers officieux ont déjà lieu et qu’une négociation officielle est programmée le 25 novembre. Au-delà, tout le monde s’attend à ce que des discussions aient lieu tout au long des premiers mois de 2011.

De quoi s’agit-il précisément ?

De deux choses distinctes. La première est la moins directement liée à la réforme des retraites, c’est aussi la plus technique. Mais je suis sûr qu’elle «parlera» à un certain nombre d’auditeurs qui s’apprêtent à cesser leur activité. Depuis 1983, un mécanisme permet de financer le coût de la retraite avant 65 ans pour l’Agirc-Arrco. Baptisé AGFF, il arrive à expiration à la fin de l’année. Syndicats et patronat doivent donc décider de son avenir dès aujourd’hui. Il faut savoir que sans ce dispositif, les salariés partant à la retraite à partir du 1er janvier verraient leur pension baisser d’un cinquième. Sur ce point, les syndicats et le patronat sont –a priori- décidés à rassurer les salariés : ils devraient prolonger de quelques mois le mécanisme actuel. Mais, derrière, il y a une vraie discussion de fond qui arrive. Le relèvement de 60 à 62 ans de l’âge légal de la retraite et de 65 à 67 ans de l’âge d’annulation de la décote a un effet direct sur les comptes de l’Arrco et de l’Agirc. Et un effet positif : puisque la retraite commence plus tard, il y aura moins de pensions à verser. Le bonus, ou la cagnotte (si on veut), va progresser petit à petit, jusqu’à 6 milliards d’euros par an.

Et le débat va commencer. Le patronat va réclamer une baisse des cotisations pour les salariés et les entreprises, en tous cas dira non à une hausse. Tandis que les syndicats exigeront un coup d’arrêt à la baisse de rendement du « point », en clair des pensions –la baisse est constatée depuis des années. La bataille sera animée. Et elle sera intéressante. Pour deux raisons.

La première est que le patronat et les syndicats, opposés sur la réforme Sarkozy, vont devoir se remettre autour d’une table.

La deuxième raison est que ces régimes paritaires du secteur privé constituent, depuis des années une illustration d’un compromis social responsable qui garantit les retraites et vise à équilibrer les recettes et les dépenses. Les méchantes langues diront qu’il y a vraiment deux faces chez certains syndicats. Un peu facile. Mais c’est tentant !

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.