Emmanuel Macron a mis en garde jeudi, dans le journal Ouest-France, contre le retour des années 30. A-t-il raison ?

La réponse est, pardonnez-moi, forcément complexe. Sur le plan de l’analyse strictement historique, il a tort et les historiens le répètent depuis hier : le parallèle est très excessif entre ce qui se passe aujourd’hui et les années 30. 

- Il n’y a pas de revendication territoriale entre les pays ;

-Il n’y a pas de violence physique dans les rues des pays européens : la violence est seulement verbale et politique ; 

-Les dirigeants hongrois ou italiens n’ont rien à voir avec ceux de l’époque. A l’époque, la République de Weimar et la République espagnole sont quand même tombées et la guerre est arrivée ; 

- La situation économique est très différente avec des filets sociaux qui sont extrêmement puissants en Europe ; l'existence de l'euro protège de la guerre des monnaies et assure malgré ses défauts une certaine unité ;

Donc, le parallèle est factuellement faux. 

En revanche, deux choses sont exactes même si Emmanuel Macron ne les exprime pas comme cela. 

Un : nous avons eu deux crises financières, en 1929 et en 2008, nées d’un surendettement et de la spéculation. Toutes deux, elles ont déclenché des récessions économiques et des difficultés sociales. Qui créent -troisième étape, l’actuelle- des crises politiques et de fortes revendications identitaires. Tout ne rentre pas dans ce scénario (comme l’explosion de la criminalité au Brésil ou les extrêmes dans les pays riches comme l’Allemagne), mais l’histoire générale est bien celle-là. 

Du coup, même si les similitudes sont grossières, on comprend que la pente du parallèle (si on ose dire) soit tentante. 

Le second point exact, qui est en réalité bien plus intéressant derrière les propos d'Emmanuel Macron, est que nous sommes dans une période de basculement technologique, géographique et économique, et comme nous ne savons pas vraiment où cela nous entraîne, nous nous raccrochons fiévreusement à ce que nous connaissons. 

Il y a les années 30, mais dans son discours-testament devant le Parlement européen en septembre, Jean-Claude Juncker, le président de la Commission, a fait référence dès sa troisième phrase à 1913.  

Querelles de dates ?  

Oui, et au fond peu importe. L’histoire ne se répète jamais vraiment ni ne bégaie. Le problème n’est pas d’avertir solennellement des risques encourus ni de dessiner des parallèles. Ce n’est pas non plus, dans une optique politique plus immédiate, de chercher l’angle pour frapper les esprits ou pour disqualifier les votes extrêmes, en France, pour les prochaines élections européennes. Ce ne devrait pas être non plus de donner tort, pour les médias, à Talleyrand. Le ministre de la Révolution et de Napoléon disait que "tout ce qui est excessif est insignifiant". La vérité est aujourd'hui est que tout ce qui n'est pas excessif a le destin de l'insignifiance, pour reprendre un bon mot du politologue Olivier Duhamel.

L’enjeu urgent est de trouver et de proposer des solutions raisonnables pour répondre aux frustrations exprimées, pour résoudre les difficultés posées, qu’elles soient économiques, de fonctionnement démocratique ou identitaires. 

Les années 30 sont devant nous, se demande-t-on ? Oui, la seule chose certaine est qu'elles arrivent dans douze ans (!) et d’ici là le mieux serait de jouer non pas sur les peurs mais sur les désirs et les espoirs.

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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