Le gouvernement était divisé sur l'ouverture des petits commerces. Résultat, il a choisi de fermer certains rayons des grandes surfaces. L'argument sanitaire est sérieux, mais c'est prendre le problème à l'envers : croit-on qu'il y aura moins de circulation du virus dans les écoles que dans des petits magasins ?

Le Premier ministre Jean Castex, à la sortie d'une conférence de presse sur la covid-19 le 29 octobre 2020
Le Premier ministre Jean Castex, à la sortie d'une conférence de presse sur la covid-19 le 29 octobre 2020 © AFP / Thomas Coex

Hier soir sur TF1, Jean Castex a tenté de calmer la grogne des petits commerçants. Mais il a rendu un arbitrage qui surprend. Depuis mercredi dernier, les petits commerçants criaient leur mécontentement de devoir baisser le rideau alors que les grandes surfaces restent ouvertes. Dimanche matin, cela s’est réglé entre l’Elysée et Matignon : on n’ouvre pas les petits commerces, ils restent fermés mais les grandes surfaces ne pourront vendre à partir de demain que de l’alimentaire, des produits d’hygiène et du petit bricolage. Donc, pas de vaisselle, de vêtements, de fleurs et de tout le reste. 

Cela a le goût de l’absurdité parce que le virus ne circule pas davantage dans les rayons vaisselle que les rayons fruits et légumes, qu’affaiblir la grande distribution ne va pas améliorer la situation des petits commerces et qu’Amazon est le grand gagnant de tout cela.

En réalité, cet arbitrage est le point d’arrivée d’une discussion tendue entre d’un côté les tenants du « sanitaire d’abord » (Olivier Véran, Jean Castex), pour qui l’absolue priorité est de réduire le nombre de lieux ouverts, et de l’autre côté ceux qui s’inquiètent de l’économie mais aussi désormais du risque politique (au premier rang desquels Bruno Le Maire). 

Fermer 200 000 à 300 000 commerces passe moins facilement qu’au printemps, avec des professionnels qui connaissent et appliquent les mesures barrières. Le risque poujadiste ou de "gilets-jaunisation" de l’automne est réel. 

Par ailleurs, beaucoup de commerçants ont mal pris le soutien affiché, unanime et très citadin, aux librairies et le désintérêt relatif pour les autres magasins. Le Rassemblement National, naturellement, en fait son miel. 

L'arbitrage est absurde ? 

On doit bien sûr parler prudemment. Si l’épidémie n’est pas freinée, un nouveau tour de vis sera donné, et on ne parlera plus des commerces ouverts et fermés. Les « durs » auront eu raison. 

A l’inverse, s’il y a du mieux sur le front sanitaire, une réouverture dans quinze jours serait bienvenue - mais franchement personne n’y croit. 

Le commentateur assis dans son fauteuil doit être humble face à celui qui doit trancher. Et il n’y a que des mauvaises solutions. 

Mais au total, oui, il y a quelque chose d’absurde à fermer un salon de coiffure et un magasin de jouets où travaillent un ou deux indépendants prudents dans un village de France, alors que, entre autres, un million d'enseignants et des millions de collégiens et de lycéens se retrouvent ce matin...

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter