L’édito éco de Dominique Seux, du journal « Les Echos. » Aujourd’hui, oublions la crise pour le Salon Mondial de l’Automobile de Paris, qui ouvre ses portes aux professionnels ce matin et au grand public samedi. Ce Salon est passionnant parce qu’il intervient à un moment clé dans l’histoire de l’automobile. On a là un produit et une industrie qui vivent un moment charnière et des vrais défis, un vrai changement de modèle. Pour s’en rendre compte, il suffit de se projeter deux ans en arrière, lors de la précédente édition du Salon. Le prix du baril de pétrole était inférieur à 60 euros, Peugeot faisait rêver avec un concept-car 908 V12 avec un moteur de 5,5 litres, Mercedes et Volvo avec des 4X4 de plus de deux tonnes. Evidemment, deux ans plus tard, tout a basculé. Le pétrole et l’acier sont plus chers, le pouvoir d’achat flageolait avant même la crise actuelle et la lutte contre la pollution est devenue une priorité collective. Et puis, autre tournant, de plus en plus de Français veulent dépenser moins quand ils changent de voiture que lors de leur achat précédent. Ou se rendent compte qu’acheter 4 pneus, c’est le patron de Michelin qui le fait remarquer, coûte plus cher qu’un téléviseur ou un réfrigérateur. C’est un paysage qui bouge très vite. Avec quelles conséquences ? Cela provoque deux révolutions, une pour le « produit » qu’est la voiture et une autre pour sa production. Côté marché automobile, il n’y a pas que les low cost comme la Logan. Le segment des petites ou mini-voitures progresse le plus, + 19% en Europe au premier semestre dans un marché où les ventes ont au total reculé de 4% et ce n’est pas fini. Ce segment, c’est celui des véhicules qui consomment le moins, les moins polluants. 15 pays européens ont déjà un système de prix ou de taxes lié au CO2, comme le bonus-malus en France. Au total, il y a donc un recentrage vers le bas de gamme. Pour les constructeurs, cela change tout, parce qu’ils subissent la hausse du prix des carburants, dont la rente est conservée par les pétroliers. Et puis ensuite parce que cette course à la petite voiture ne profite pas aux usines françaises même si Renault et Peugeot sont bien placées. Le coût limité de la main d’œuvre dans les pays de l’Est compense en effet le coût de transport. La Twingo est fabriquée en Slovénie, plus à Flins, la Peugeot 107 en République tchèque, plus à Aulnay. Ce mouvement commence à toucher des voitures plus chères, les 207, les Clio, assemblées en Turquie. Du coup, la part de la production hexagonale diminue chaque année et voilà pourquoi, si on rajoute des difficultés propres, les usines Renault tournent à moins de 50% de leurs capacités. Des raisons d’être optimiste quand même... Les constructeurs français sont en bien meilleure forme que leurs homologues américains, qui ont un pied dans la tombe, et ils gagnent de l’argent. Ils investissent les marchés émergents. Et puis, 2008-2009-2010 seront des années tournant pour les véhicules électriques, on le verra beaucoup Porte de Versailles au salon de l’Automobile à Paris. C’est la nouvelle course. L’industriel Vincent Bolloré présentera d’ailleurs son prototype. L’espoir est que si ce saut technologique se fait, il se diffuse beaucoup plus vite que par le passé. Il a fallu 50 ans pour que la moitié des Français aient une voiture mais moins de 10 pour qu’ils aient tous un téléphone portable. Les prix ne sont comparables mais il y a clairement une accélération historique dans la diffusion des innovations. Voilà pourquoi les années qui viennent seront passionnantes à observer.

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