Ce matin, le problème caché de l’économie française : les salaires augmentent trop. C’est de la provocation ?

Non, ce n’est pas de la provocation et ce n’est pas moi qui le dit. C’est ce qu’on entend beaucoup en ce moment, en « off » comme on dit, dans la bouche de conseillers de l’Elysée et d’autres lieux gouvernementaux, qui déroulent un raisonnement peut-être politiquement invendable en public mais impeccable économiquement. Des économistes de tous bords font la même analyse, y compris à gauche. C’est un sujet on ne peut plus sérieux et on ne peut plus important.

Cela part de quel constat ?

Qu’en France, les salaires ne s’ajustent pas à la conjoncture. Nous sommes en période de croissance quasiment zéro et qu’indiquent les prévisions officielles publiées hier par Bercy ? Que le salaire moyen par tête grimpera de 1,9% cette année. Comme en 2012 et après 2,6% en 2011. A chaque fois, c’est plus que prévu. Si on creuse, on découvre que, selon l’Insee, les salaires nominaux avaient en 2009, année de la plus forte récession depuis cinquante ans, gentiment progressé de 1%. En prenant en compte la hausse des prix, le pouvoir d’achat salarial s’est un peu effrité en 2008 et 2012, mais d’un chouia.

On a envie de dire : bonne nouvelle, non ?

On a envie parce que, c’est vrai, des salaires qui tiennent, c’est une consommation qui tient et donc il n’y a pas de spirale récessive. Le problème est que la politique salariale des entreprises est trop généreuse par rapport aux gains de productivité et que cela a renchéri nos coûts de production. Dans les secteurs protégés, cela s’est répercuté sur les prix de vente. Dans les secteurs soumis à la concurrence, ce sont les marges et l’emploi qui se sont dégradées. Des salariés protégés et avantagés, des chômeurs oubliés : c’est toujours le conflit entre les insiders et les outsiders… Alors qu’au même moment les Allemands ont fait le choix de la modération salariale pendant quinze ans et qu’en ce moment l’Espagne retrouve un début de compétitivité. Cette thèse, Jean Peyrelevade, ancien directeur de cabinet de Pierre Mauroy à Matignon, aujourd’hui centriste, en a fait un de ses chevaux de bataille. Mais il n’est pas le seul.

Nos auditeurs doivent se dire, là en vous entendant : après les hausses d’impôt, voilà nos salaires qui seraient trop élevés... Ils pourraient râler ! Mais avant, ils voudraient comprendre pourquoi la France aurait une place à part…

C’est dû au système de négociation et d’extension des accords collectifs mais aussi au fait que les grandes entreprises font la loi et ont un effet d’entraînement. Et elles, ce qu’elles veulent, c’est la paix sociale. Chez EDF, dans les banques, on ne mégote généralement pas. Dans les PME, c’est autre chose et les chiffres qu’on vient d’évoquer sont des moyennes. Sur le fond, maintenant, les économistes font un constat, et ce constat est que le débat sur la compétitivité ne doit pas seulement porter sur les charges sociales, mais aussi sur la responsabilité des entreprises quand elles négocient les salaires. Je peux vous dire que Jean-Marc Ayrault et Pierre Gattaz, le patron du Medef, ont eu un échange musclé sur ce sujet il y a quelques jours. Mais évidemment, personne n’en parlera publiquement.

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