Vous commentez ce matin le projet de loi de finances pour 2015 présenté par le gouvernement. Est-ce un bon budget ?

Oui, c’est un bon budget …. ! Vous avez l’air surpris ? (...) Alors, précisons : C’est un bon budget de temps calme, de mer calme, de temps à pédalo, vu au fond avec les critères habituels. Mais question : sommes-nous dans des temps calmes ? Un bon budget de temps calme fait-il un bon budget quand la mer est agitée et que la situation demande de l’imagination ? Là, la réponse est plus inquiétante. Certes, ce budget a des vertus ? Il n’y a plus de grosses hausses d’impôts, ils baissent même pour les entreprises, pour certains ménages. Les dépenses de l’Etat reculent même, d’environ deux milliards d’euros. Un certain nombre d’économies concrètes sont affichées. Du sérieux, vous dis-je !

On vous sent plein d’ironie…

Ironie ? On n’oserait pas sur un sujet qui pèse quand même extraordinairement lourd en milliards d’euros. Mais, plus sérieusement, la lecture du gros dossier de presse de Bercy invite à penser que l’on a épuisé les charmes des coups de rabot habituels ici et là, des réformettes et de la com à un euro. Qu’entend-on depuis des jours ? Que les prélèvements sur les entreprises vont baisser avec le Pacte de responsabilité, que les impôts d’un certain nombre de ménages vont prendre le même chemin. Or, que disent les chiffres ? Que les prélèvements obligatoires sont stables à un chouïa près parce que le gazole, la taxe carbone et d’autres taxes augmentent Qu’entend-on encore ? Qu’il y a un effort historique d’économies sur la dépense publique ; or, que disent les chiffres ? Que la France est le seul des grands pays européens à ne pas avoir réduit sa dépense publique depuis 2009. On nous annonce un effort sans précédent sur les dépenses de l’Etat ; or, en temps de gros déficit, le nombre de fonctionnaires augmentera l’an prochain, si l’on met de côté les militaires - qui sont comme chaque année moins nombreux. Vous avez entendu : augmentera. Qui trompe ? Les mots ou les chiffres ? Le gouvernement a peut-être fait sérieusement son boulot. Mais il a fait son budget + ou - comme on le fait depuis vingt ans, rien de plus.

Oui, mais sa stratégie est le fruit d’une analyse économique : la priorité, c’est la croissance en Europe, pas la baisse des déficits.

Michel Sapin, dans une interview au Monde, le dit clairement. Je cite : « ce n’est pas la France qui est en question aujourd’hui, c’est l’Europe ». Mais ses propres chiffres disent encore une fois le contraire. Il attend la croissance française à 0,4% cette année et 1% l’an prochain. Pour la zone euro, il attend 0,8% cette année et 1,4% l’an prochain, au-dessus donc. Où est le problème ? En France, non ? Le problème, c’est que la confiance a été cassée. Un bon budget ? Un budget trop ordinaire dans un moment qui appellerait un budget extraordinaire.

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