Emmanuel Macron a invité à dîner hier soir à l’Elysée les patrons de l’automobile. J'y étais.

Cette 1ère rencontre était organisée avant le Salon mondial de l’automobile qui ouvre à Paris. Le chef de l’État avait à sa droite Carlos Ghosn et Jacques Aschenbroich, dirigeants de Renault-Nissan et Valéo, et à sa gauche Carlos Tavares, du groupe PSA. En face de lui, les numéros un de Daimler et Jaguar, et quelques chinois et coréens. 

Bref, c’était du « lourd » et pour un sujet d’importance : comment cette industrie notamment en Europe va aborder la révolution automobile brutale qui arrive, celle de la baisse à marches forcées des émissions de CO2 et du passage à la voiture électrique. Sans oublier la voiture autonome et le déplacement de la valeur ajoute vers les fabricants de batteries et les géants de la Tech. 

Sur la forme, tous les participants ont été bluffés par Emmanuel Macron, sa connaissance des sujets y compris techniques - quoi que l'on pense de ses idées. De fait, je n’avais jamais vu un président aussi pointu -et j’en ai déjà un certain nombre vu hélas ! 

Sur le fond, on sait ce qui se passe : le secteur  automobile est tétanisé par le mur qui se dresse devant lui. D’ici 2025, les émissions polluantes devront baisser de 15 à 20 %, et de 30 à 40 % d’ici 2030 par rapport à 2020. Et le parc électrique doit décoller avec des voitures qui seront très chères au début. Les constructeurs craignent en 2020-21 un effondrement des ventes. L’Elysée leur promet un plan d’ici six mois, avec des objectifs allégés s’ils font tout pour aider les ménages à renouveler et moderniser le parc.

Mais Emmanuel Macron a aussi fait la leçon à ces dirigeants.

On commente beaucoup ses échanges avec un apprenti horticulteur, des jeunes, des salariés, mais hier soir, il a « secoué » - passez l’expression- les patrons de l’automobile, surtout ceux qui réclament une baisse du coût du travail pour les ingénieurs - la différence avec l'Allemagne n'en étant pas moins un vrai problème. 

Après avoir sèchement rappelé toutes les aides aux entreprises depuis un an, il les a invités à  réfléchir à leurs responsabilités de chef d’entreprise quand on voit les classes moyennes qui ne s’en sortent pas dans tous les pays développés, quand on voit le Brexit, Trump et le vote dans les milieux ruraux. 

La croissance inclusive, ce ne doit pas être seulement un slogan de communication, leur a-t-il dit en substance. Cette petite musique aux patrons, mon petit doigt me dit qu’on l’entendra souvent cet automne.

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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