L'Edito éco de Dominique Seux des Echos. Cacophonie hier sur l’ISF, l’Impôt Sur la Fortune, entre Christine Lagarde et François Fillon ! Le premier ministre a démenti sa ministre de l’économie. Mais la ministre de Bercy a-t-elle vraiment « gaffé » ? Cela peut apparaître sans doute comme une gaffe politique mais pas sûr que ce soit une gaffe économique. D’abord le rappel des faits. Hier matin, Christine Lagarde s’est dite prête, dans une interview à notre confrère « La Tribune », à l’ouverture d’un débat sur une éventuelle réforme de l’impôt sur la fortune, parce qu’elle considère que la France taxe le patrimoine plus que les autres pays. Un débat, elle ne disait rien de plus, ce n’est pas beaucoup. Mais cela a suffi pour que la ministre s’attire un démenti formel de François Fillon, qui a écarté toute modification de l’ISF à l’avenir. Et voilà que l’on parle d’un nouveau couac, un peu comme l’an dernier quand elle avait parlé de l’affreux, l’horrible mot tabou de la rigueur ! Décryptage politique... Christine Lagarde voulait sans doute contrebalancer l’effet auprès des contribuables aisés, des cadres, des dirigeants d’entreprise, de ce qui a été décidé pour financer le RSA de Martin Hirsch, une taxation supplémentaire des revenus du capital. Mais plus fondamentalement, elle a voulu aussi être la voix de l’aile libérale de la majorité, et après tout, c’est le rôle d’un ministre de Bercy. Et je peux vous dire qu’en fait, elle ne renie pas ses propos. Même si évidemment, à court terme, c’est raté, puisque François Fillon a refermé le dossier. Le premier ministre, lui, a une autre priorité : Nicolas Sarkozy a apporté son appui au RSA, et au passage a coincé la gauche, il ne faut pas gâcher ce joli coup en rouvrant un sujet mille fois rebattu, la suppression de l’ISF. Mais sur le plan économique, c’est plus compliqué... parce que l’affaire de l’ISF est devenue tellement symbolique depuis vingt ans que simplement prononcer ce mot déclenche des réflexes pavloviens partout. Alors, sur les 550.000 contribuables qui paient cet impôt, la majorité d’entre eux ne fera bien sûr pas pleurer sur son pouvoir d’achat. Mais le débat a quand même le droit d’être posé. Il faut se rendre compte que la taxation du patrimoine a disparu ou va disparaître dans huit des neuf pays européens où il existait il y a quinze ans. Allemagne, Autriche, Danemark, Finlande, Luxembourg, Pays-Bas, Suède et bientôt l’Espagne. Tous ces pays ne sont pas ultra-libéraux, ils pensent que ce type d’imposition n’a pas de sens. Modifier l’ISF, ce n’est sans doute pas une priorité absolue, surtout qu’une mesure très efficace a été prise qui atténue ses effets - celle qui autorise à déduire de l’ISF l’argent investi dans les PME. Mais il n’y a pas de raison d’interdire ce débat là aussi. Le risque sans cesse des demi-mesures, des demi-débats est que finalement les choses avancent trop peu - on le voit sur la taxe professionnelle dont on parle depuis trente ans - ou qu’elles avancent en ordre dispersé. Notre fiscalité reste très compliquée et cela ne s’améliore pas. Plus qu’un couac, c’est donc un certain courage que Christine Lagarde a montré.

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