Le titre de votre édito ce matin : « les trois Europe ».

Il y a une Europe d’en haut et une Europe d’en bas. L’expression ressemble à celle bien connue de la France d’en haut et de la France d’en bas, mais l’idée n’est pas la même. L’Europe d’en haut, c’est l’Europe des sommets qui finissent tard le soir et des communiqués laborieux négociés entre vingt-huit capitales. C’est l’Europe du troc des nominations – Merkel a soutenu le polonais Tusk pour la présidence du conseil, mais Hollande obtient en échange le poste des affaires économiques pour Pierre Moscovici. Tandis que l’Europe d’en bas, c’est celle qui nous interdit depuis hier d’acheter des aspirateurs d’une puissance de plus de 1.600 watts. Et je vous le demande Patrick : laquelle est la plus efficace ?

Alors oui, laquelle ?

On a envie de défendre l’Europe d’en bas. Evidemment, elle a mauvaise presse, quand elle règlemente la consommation d’eau des chasses d’eau ou la chasse tout court. Souvent, elle a des allures de Père fouettard. Mais elle est aussi utile et finalement efficace. Ce sont les directives REACH qui ont permis à l’Europe de diminuer la pollution chimique industrielle. Il n’y aura jamais d’éditoriaux enflammés pour dire que, grâce à l’Europe, les prix des communications par mobile ou Internet ont littéralement chuté ces dernières années. Mais c’est vrai. C’est encore elle qui a imposé la baisse des émissions de CO2 des voitures sur tout le continent. Ampoules, consommation électrique des ordinateurs, des frigos et donc des aspirateurs, c’est elle. L’Europe d’en bas n’est pas glamour, mais elle existe.

Le bilan de l’Europe d’en haut, comme vous dites, est plus faible ?

Cela fait longtemps -hélas- que les Européens n’attendent plus, l’espoir au ventre, la prochaine étape du projet européen. La dernière marche franchie, l’euro il y a 15 ans, qui aurait dû être une grande fête, est associée à du gris et la crise, pas à de la joie. Aujourd’hui, la croissance est à plat en Europe, les prix aussi et beaucoup pays vivent avec des taux de chômage insupportables. Oui, l’Europe d’en haut ne convainc pas et les résultats des élections européennes du printemps en sont le meilleur indicateur.

Quelle solution alors… ?

… Eh bien, entre une Europe d’en bas par la preuve mais quand même (disons-le) limitée, et une Europe d’en haut qui fait peur, ce qui manque, c’est l’Europe du milieu. Cette Europe-là, qui manque, c’est celle des projets. Des investissements visibles, des réussites concrètes qui rendent fiers (plus que Gallileo). L’académicien Jean-François Deniau disait en riant à la fin de sa vie : l’Europe sera aimée quand elle aura l’euro (c’est raté), quand qu’elle inventera un vaccin contre le cancer et quand elle alignera une équipe européenne de football : c’est peut-être idiot mais on en est encore là.

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