07H20 : L’édito éco : Jean-Marc Vittori Ce n’est pas chez nous qu’on verrait des choses pareilles ! Ce mouvement social se passe au Bangladesh, l’un des pays les plus pauvres du monde, qui compte plus de 150 millions d'habitants. Les ouvriers du textile se battent pour obtenir des augmentations de salaires. La semaine dernière, ils ont donc obtenu 80%. Mais certains syndicats trouvent que ce n’est pas assez. Il faut savoir que le salaire minimum va passer à 3.000 takas – c’est la monnaie du pays – ce qui fera à peine 33 euros par mois – soit 30 fois moins que le smic en France. Mais pourquoi les ouvriers du Bangladesh se révoltent-ils maintenant ? Pour deux raisons principales. D’abord, il y a de l’inflation chez eux. Les prix ont augmenté de 5% l’an dernier et la hausse risque d'atteindre 9% cette année, avec notamment une flambée des prix alimentaires. Le pouvoir d’achat, si on peut parler de pouvoir d’achat dans une telle misère, baisse dramatiquement. Mais il y a une deuxième raison : c’est l’exemple de la Chine. Ces derniers mois, des grèves ont eu lieu dans plusieurs usines. Les ouvriers qui fabriquent l'Ipad d'Apple ont par exemple obtenu un doublement de leur paye. Ceux de Honda ont eu +24%. Leurs collègues bengalis en ont entendu parler. Et ils sont donc passés à l'action. Et quel va être l'effet pour nous de ce qui se passe au Bangladesh ou en Chine? C'est vrai que c'est loin, mais ça nous concerne directement. D'abord en tant que consommateur. Vous n'avez sans doute jamais entendu parler des fabriques du Bangladesh, mais vous connaissez sûrement Carrefour, H & M ou Zara. Or ces grandes entreprises européennes font toutes fabriquer des vêtements dans des usines bengalis, des usines où les salaires restent le plus bas au monde, même après l'augmentation de 80%. La hausse des salaires là-bas va donc faire monter les prix des vêtements chez nous. Mais ça nous concerne aussi en temps que producteur. Depuis des années, les pays d'Asie attirent les industriels occidentaux avec des salaires dérisoires. Or ces salaires vont fatalement augmenter, ce qui va alléger peu à peu la pression sur les salaires dans les pays développés. Ce moment a même un nom : c'est le tournant de Lewis. Le tournant de Lewis, ça vient d’où? Arthur Lewis était un économiste, qui a eu le prix Nobel en 1979. Il expliquait que le capitalisme commence toujours par se développer avec des salaires très bas, parce que des millions de paysans sont prêts à abandonner les champs pour venir à l'usine. Mais à un moment, les campagnes n'ont plus de réserve de main d'œuvre. Et à ce moment, les salaires augmentent dans les usines. C'est ce qui s'est passé en Angleterre à la fin du XIXe siècle, en France un peu plus tard, et c'est ce qui se passe aujourd'hui en Chine. Si ce tournant est bien négocié, ça sera excellent pour l'économie mondiale. D'abord parce que les salariés des pays émergents pourront acheter davantage, ce qui soutiendra la croissance. Ensuite parce que ça va rééquilibrer la concurrence entre pays du nord et du sud. Autrement dit, pour s'en sortir, le capitalisme recourt à une vieille recette marxiste: prolétaires de tous les pays, unissez-vous!

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