Le tabac est à nouveau dans la ligne de mire du gouvernement.

Le ministre de la santé Xavier Bertrand a signé une circulaire lundi avant de partir en vacances, et son collègue de l’Intérieur Claude Guéant devrait la parapher dès son retour place Beauvau. Le but est de mieux faire respecter deux interdictions : fumer dans les lieux publics, et vendre du tabac aux ados de moins de 18 ans. Il y a comme du flottement dans leur application. Nos amis les bistrotiers contournent la législation avec des terrasses où il est permis de fumer à l’air libre, mais des terrasses tellement fermées que tout le monde y est enfumé. Et les buralistes ne demandent pas toujours au jeune qui vient lui acheter un paquet de cigarettes ses papiers d’identité pour vérifier qu’il n’est pas mineur.

Je me permets de vous rappeler, que vous faites un édito économique et qu’il n’y a pas beaucoup d’économie là-dedans.

J'y viens. Le problème derrière, c’est que la consommation de tabac, elle recommence à monter. Au premier semestre, il s’en est vendu en France 1% de plus qu’un an plus tôt, soit tout de même 263 millions de cigarettes supplémentaires. Et il faut remonter à 2004 pour voir une vraie baisse de ces ventes. Autrement dit, la France échoue à faire reculer massivement le tabagisme alors qu’elle a réussi à diminuer les autres causes « évitables » de décès comme l’alcoolisme et les accidents de la circulation. Le tabac tuerait dans notre pays plus de 50.000 hommes et femmes par an – et 5 millions dans le monde.

Comment agir plus efficacement ?

Il y a deux solutions : le droit et l’économie – vous voyez, j'y reviens. Le droit, ça consiste à interdire ou à restreindre. L’économie, ça consiste à rendre plus cher, à faire payer. On retrouve très souvent ce choix. Par exemple, pour réduire les émissions de CO2, certains militent pour des normes plus restrictives sur les voitures et les logements tandis que d'autres veulent faire payer les émissions de CO2. Pour le tabac, c’est simple : on peut interdire de fumer au bureau, au café, au restaurant, dans les trains etc. Et c’est utile. Sans dénoncer personne, mon collègue et ami Daniel a failli faire brûler l’immeuble d’un journal en jetant sa cigarette dans la corbeille. Maintenant, il fume en bas de l'immeuble et c'est tant mieux. L’autre choix, c’est de relever fortement les taxes et donc le prix du paquet de cigarettes. La dernière fois, c’était justement en 2004, quand une hausse de 20% du prix avait fait chuter les ventes de 20%. En plus, c’est bingo pour le gouvernement qui ramasse déjà 10 milliards d’euros par an sur le dos des fumeurs.

Mais alors, pourquoi le gouvernement préfère-t-il utiliser le droit plutôt que l’économie ?

Pour au moins trois raisons.

  • D’abord parce que les prix du tabac ne peuvent pas monter jusqu’au ciel. Quand les taxes augmentent, les fumeurs passent à la contrebande – l’an dernier, 347 tonnes de tabac ont été saisis par les douaniers, un record historique. Et ils achètent leurs cigarettes dans les pays voisins où elle est moins taxée. C’est loin d’être marginal : selon les calculs de l'Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT), sur cinq cigarettes fumées en France, une a été achetée à l’étranger.

  • Ensuite, les buralistes hurlent et savent se faire entendre.

  • Enfin, parmi les gros bataillons de fumeurs, il y a les jeunes – un étudiant sur trois par exemple. Et puis les chômeurs. Relever les impôts sur le tabac, ça revient à taxer davantage les pauvres. Et ça, ça embête même un gouvernement de droite.
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