Mauvaise journée en bourse hier après les déclarations décevantes de Mario Draghi, le président de la Banque centrale européenne. Qu’est-ce qui s’est passé ? Le point de départ, c’est le problème du moment ,qui se déroule en Espagne et en Italie. Un incendie d’été, mais un incendie financier. Après la Grèce, les investisseurs doutent désormais de la capacité de Rome et de Madrid à rembourser leurs dettes publiques. Celle de l’Italie est énorme, elle approche 2.000 milliards d’euros. Celle de l’Espagne est plus raisonnable mais gonfle à toute allure dans un pays en pleine récession après l’explosion d’une énorme bulle spéculative sur l’immobilier.Comme les investisseurs se méfient, ils vendent les titres de dette publique, les obligations, ce qui fait mécaniquement monter les taux d’intérêt qui ont dépassé 6, et même 7%. Des niveaux insupportables, car la dette se transforme alors en une énorme boule de neige, même en plein été.Que faire alors pour éviter la boule de neige ? Première solution : les pays serrent la vis budgétaire à fond. Mais on a vu ce que ça a donné en Grèce : l’activité s’effondre, les impôts rentrent moins et le déficit public devient encore plus élevé. Deuxième solution : les pays européens viennent au secours des pays attaqués en leur prêtant de l’argent, ou en achetant leurs obligations. On a créé pour ça deux fonds de secours en deux ans, des espèces de FMI. Mais il n’y a pas assez d’argent dedans pour sauver un pays aussi gros que l’Italie. D’où la troisième solution : la banque centrale européenne imprime des billets pour acheter ces fameuses obligations italiennes ou espagnoles. On en parle depuis des mois. Mais le traité européen interdit plus ou moins cette opération. Et puis surtout, les Allemands sont raides contre, il y en a deux qui ont claqué la porte du conseil de la BCE sur cette question l’an dernier après des achats d'obligations beaucoup moins abondants que ce qu'il faudrait faire pour l'Italie et l'Espagne. La semaine dernière, Mario Draghi avait laissé espérer que cette difficulté était surmontée, en disant que la BCE ferait « ce qu’il faudra » pour préserver l’euro. Mais hier, il a terminé sa phrase : la BCE fera ce qu'il faut... à condition que les pays appellent au secours, et que l'Europe accepte de débloquer ses fonds. C'est ce qui a provoqué la chute des marchés ? Exactement. Parlons d'ailleurs plutôt d'investisseurs car les marchés sont composés d'hommes et de femmes qui investissent de l'argent pour leur banque ou pour des épargnants. Les investisseurs, donc, sont de grands enfants. La semaine dernière, ils avaient entendu qu'ils allaient avoir plein de bonbons. Maintenant on leur dit qu'ils auront des bonbons si leur chambre est bien rangée, si leurs voisins sont gentils et plein d'autres conditions. Du coup ils trépignent en tapant du pied ou plutôt en vendant leurs actions.Revenons à votre histoire. Qu'est-ce qui va se passer dans les prochaines semaines? Ca risque d'être assez agité chez les investisseurs. Le vrai problème de fond, c'est qu'on n'a toujours pas détendu les ressorts de la crise européenne. Le statu quo est intenable. Comme le disait implicitement hier Mario Draghi, c'est aux politiques de jouer. De nous emmener vers une union non seulement monétaire mais aussi budgétaire, bancaire et politique, de nous convaincre d'y aller. Ou bien sinon de tourner le dos à l'euro, de revenir aux monnaies nationales, et donc de démonter la construction européenne du dernier demi-siècle. Ca peut aussi se défendre, même si je suis personnellement favorable à la marche en avant fédérale. Il s'agit là d'un choix politique, au sens le plus noble du terme. Nous devrons le faire collectivement très bientôt.

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.